On vous demande souvent pourquoi vous croyez en Dieu mais vous ne savez pas quoi répondre ? Vous pensez que le message bouleversant de l’Evangile n’est pas assez connu mais vous ne savez pas comment le partager ? Vous avez peut-être beaucoup de mal à voir et à dire tout ce que le Seigneur a fait dans votre vie ? Bonne nouvelle : ce parcours est fait pour vous.
Première partie : pourquoi témoigner ?
Pour beaucoup de chrétiens, le témoignage est comme un caillou dans la chaussure. Ils ont peur de parler du Christ mais culpabilisent de ne pas le faire. Bref, c’est un sujet pénible. Alors, pourquoi témoigner ? Quel que soit le sujet, revenir au pourquoi n’est jamais une perte de temps. Il s’agit d’interroger nos motivations pour nourrir notre désir de nous jeter à l’eau. Il n’y a, au fond, qu’une seule raison valable : l’amour du Christ nous presse. Je vous propose quatre amours qui nous poussent au témoignage.
- Nous témoignons par amour pour Dieu
C’est l’amour reçu du Seigneur qui fonde le témoignage. Cet amour suscite naturellement dans nos cœurs une réponse. Le Magnificat de Marie est le modèle du témoignage. Dans sa joie d’avoir été choisie, Marie témoigne auprès d’Elisabeth de la bonté du Seigneur pour elle et pour toute l’humanité. En témoignant, nous faisons la volonté de Dieu. Que ta volonté soit faite. Quelle est cette volonté ? Parmi les consignes que le Seigneur nous a laissées, il y a celle-ci : Allez, de toutes les Nations, faites des disciples. C’est une invitation que le Seigneur nous adresse. Nous engager, de notre plein gré et avec joie, à faire bénéficier les autres du bien qu’il nous a fait. En témoignant, nous nous tenons proche de Jésus. Comme un moment d’oraison ou un temps d’adoration, le temps de la rencontre missionnaire permet de goûter une intimité très profonde avec le Seigneur.
- Nous témoignons par amour pour l’Eglise
Nous témoignons aussi par reconnaissance. La foi nous a été donnée par Dieu bien sûr mais cela s’est passé par intermédiaire, par personne interposée, par l’intermédiaire de quelqu’un qui a été un témoin pour nous. Qui donc ? Cela peut-être très évident pour certains. Un parent, un ami, un catéchiste, un prêtre… Pour d’autres c’est plus diffus. Mais la médiation humaine, même discrète existe. Cela peut-être une personne qui a écrit tel livre ou composé tel chant. Celui qui a laissé traîné cette Bible ou dessiné ce tract. Celui ou celle qui a médité le chapelet au micro. Par leurs actes, par leur parole, une nuée de chrétiens a créé le climat ou les conditions ou l’occasion de notre rencontre avec Jésus-Christ. Nous devenons ainsi les héritiers spirituels de personnes à qui nous devons d’avoir la foi. Dans l’histoire, l’Eglise s’est construite sur la parole des Apôtres puis s’est consolidée par le témoignage des saints. Le témoignage est un geste d’amour envers les générations qui nous ont précédés. Il manifeste la conscience de la valeur du don reçu. Témoigner, c’est aussi donner plus de vie dans nos communautés. Les gens ont besoin plus de témoins que de maîtres nous disait saint Paul VI. Il avait raison. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance (Jean 10, 10). En témoignant, nous ne cherchons pas à faire perdurer un folklore sur le déclin. Ce ne sont pas les souvenirs du passé que nous exhibons pour nous rassurer sur notre identité. C’est bien la vie qui est partagée et communiquée. Il est aussi naturel de voir que l’Eglise enfante que de désirer vouloir enfanter soi-même. C’est aussi la qualité de la vie en Eglise qui est meilleure quand nous témoignons. Le témoignage renforce le lien fraternel. Des frères et sœurs d’une même paroisse peuvent ainsi se découvrir mutuellement sous une nouvelle lumière. On peut s’émerveiller de voir comment Dieu a rejoint tel ou tel et cela m’aide à aimer mieux cette personne. On remarque l’infinie créativité de Dieu qui s’adresse à chacun selon son besoin et son identité. Le témoignage d’un frère est souvent l’escabeau qui nous permet de franchir la marche qui était trop haute pour nous. Le témoignage est donc un cadeau qui édifie et encourage l’Eglise. Le témoignage est une arme anti-sclérose d’une efficacité redoutable. Liant et lisant les événements à la lumière de la foi, le témoignage remet sans cesse la relation au Christ au cœur de nos vies.
- Nous témoignons aussi par amour pour nous-mêmes.
Les effets positifs de témoignage sur le témoin lui-même sont nombreux. Le témoignage muscle notre foi, enracine le don de Dieu, nous fait redécouvrir qui nous sommes et nous permet de vivre ce pour quoi nous avons été créés. Devant tant de vertus bénéfiques, je devine que les plus hésitants sont prêts à sauter le pas. En témoignant, je réponds à ma vocation baptismale. Si nous lisons l’appel de Moïse (Exode 4), nous voyons que ce ne sont pas aptitudes naturelles ni les compétences oratoires qui font le témoin mais bien l’appel du Seigneur. Vous vous demandez peut-être si vous avez reçu un tel appel ? Si vous êtes baptisé, si Dieu vous a fait le don immérité de la foi, la réponse est OUI. En tant que membre de l’Eglise, nous avons tous reçu, personnellement, l’appel à être des témoins. Cet appel retentit à la fin de chaque Evangile et l’Eglise n’a cessé de le relayer. Il nous revient à tous de rendre gloire à Dieu dans notre Décapole. Jésus nous dit comme au démoniaque gérasénien : « Rentre à la maison, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » (Marc 5, 19) En témoignant, je découvre mon identité et ma mission. Nous avons chacun une mission particulière, propre, à remplir. Comme le dit le pape François dans son exhortation sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel (Gaudete et Exsultate au numéro 20) : chaque saint est une mission ; il est un projet du Père pour refléter et incarner, à un moment déterminé de l’histoire, un aspect de l’Évangile. Toi aussi tu as besoin de percevoir la totalité de ta vie comme une mission. Essaie de le faire en écoutant Dieu dans la prière et en reconnaissant les signes qu’il te donne. Puisses-tu reconnaître quelle est cette parole, ce message de Jésus que Dieu veut délivrer au monde par ta vie.
- Nous témoignons enfin par amour pour les autres.
Témoigner c’est avant tout se reconnaître aimé et devenir attentif à l’œuvre de l’Amour en nous pour y collaborer et lui permettre de rayonner au-delà de notre vie individuelle. En témoignant, je multiplie les dons reçus.
Pourquoi moi ? Il est légitime que cette question traverse l’esprit ou le cœur. Pourquoi ai-je la foi et pas ma sœur qui a reçu la même éducation que moi ? Pourquoi cette collègue qui cherche, avec beaucoup de courage, le sens de la vie, ne rencontre-t-elle pas le Christ ? Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. Lorsque Dieu choisit quelqu’un en particulier, c’est toujours une manière de bénir le monde entier. C’était vrai pour Abraham, pour Moïse, pour les Apôtres. C’est vrai pour moi aussi. De même qu’Israël a été choisi pour le Salut des Nations, je suis choisi pour celui de ma sœur et de ma collègue.
Si vous avez peur de témoigner ; si vous vous en sentez incapable, c’est normal. Il y a un fort enjeu spirituel. Votre témoignage peut permettre à quelqu’un d’accueillir dans sa vie la puissance transformante de l’Evangile. Qui dit ‘enjeu’, dit ‘combat’ car cela ne plaît pas au Malin. Ce combat peut se manifester par un sentiment d’indignité, de la paresse ou de la peur. Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. (Jean 17, 3) Au jour de notre mort, nous devrons accueillir Jésus comme juge de notre vie. L’avoir connu ici-bas, nous être exposé à sa lumière nous aidera à le reconnaître, à accueillir sa Justice qui consumera tout ce qui n’aura pas été charité dans nos vies. Le témoignage vise ni plus ni moins que le salut. Notre objectif n’est pas d’abord d’avoir plus de monde à la messe dimanche prochain. Notre désir profond est qu’aucun ne se perde.
Pour croire, il faut toujours, à un moment ou à un autre, une parole explicite. Nous avons besoin de personnes dont le témoignage soit suffisant clair pour, à travers elles, entendre une parole de la part de Dieu. Tous ont besoin d’aînés dans la foi qui d’abord leur donnent la parole et puis leur enseigne comment la mettre en pratique. Les Actes des Apôtres (8, 27-39) nous rapportent une très belle rencontre missionnaire entre Philippe et l’Eunuque de la reine Candace. A la question de Philippe : comprends-tu ce que tu lis ?, l’autre lui répond : Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? Il invita donc Philippe à monter et à s’asseoir à côté de lui. Alors Philippe prit la parole et à partir de ce passage de l’Ecriture, lui annonça la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. Raviver la soif de Dieu est un des rôles du témoignage. Le témoignage doit mettre en appétit. Nous devons, à la fois, rejoindre les personnes sur les questions qu’ils se posent déjà et les aider à faire émerger des questions fondamentales qui sont présentes en eux sans qu’ils en aient conscience. C’est pourquoi le témoignage intervient toujours après un vrai temps d’écoute, où on a pris le temps de recevoir la situation spirituelle de notre interlocuteur. Dans l’épisode du buisson ardent (Exode 3), Moïse, intrigué, fait un détour. Le témoignage est de cette nature. Quelque chose brûle chez le témoin. Poussé par la curiosité, on s’approche de la flamme et dans ce feu j’entends soudain une parole qui m’est adressée. Notre but est que la personne interpellée découvre dans sa vie la trace de Dieu. Comme des sourciers, nous cherchons à faire jaillir la nostalgie de Dieu parfois bien enfouie au cœur de tout homme. Le témoignage est utile en situation de doute, de litige ou de conflit. En cas de désaccord, on attend des témoins qu’ils partagent ce qu’ils ont vu pour tirer l’affaire au clair. Depuis le péché originel et parce que Satan est menteur dès l’origine, le cœur de l’homme est aveuglé ; son jugement est faussé. Dans une époque où la pensée dominante est l’athéisme, nous avons le rôle de semer le doute chez les incroyants. Beaucoup grandissent en pensant que le minimum d’intelligence attendu est de ne pas croire aux fariboles de la foi chrétienne. Une étape préalable est de les amener à envisager qu’ils ont été trompés. J’espère que vous vous sentez plein d’ardeur pour aimer et partager l’amour.
Je vous propose le petit exercice suivant :
Notez dans un carnet ce que vous comprenez de Dieu en regardant et en écoutant la nature, les hommes, la parole. Notez-y ce que Dieu fait de particulier et de spécifique pour vous. Ajoutez les idées, trucs et astuces qui vous aident à témoigner. Couchez sur papier, les témoins, les citations qui vous inspirent et vous donnent envie de suivre Jésus. Remercier le Seigneur pour les personnes qui ont joué un rôle déterminant dans votre chemin de foi. Demandez, par exemple à un couple, comment ils se sont rencontrés ou à un consacré comment il a été appelé ou à un baptisé comment il s’est mis à la suite du Christ. Et enfin, identifié lequel des quatre amours est le plus faible et demandez à Dieu de le faire grandir.
Deuxième partie : Etre témoin
Vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous. Vous serez alors mes témoins jusqu’aux extrémités de la terre. (Actes 1, 8)
Dans cette partie nous allons nous mettre en quête des réalités dont tous les hommes sont objectivement témoins. Car, être témoin est d’abord un état de fait indépendamment de notre volonté. C’est une réalité objective qui s’impose à nous : j’ai vu. Pour le dire autrement, c’est une aventure à la voix passive : j’ai été l’objet d’une action (j’ai été créé, guéri, consolé, libéré).
Puis nous allons observer la place déterminante de la foi dans notre réception de ces réalités.
Et enfin, nous allons faire grandir en nous le désir que l’Esprit-Saint délie notre langue. Il s’est passé quelque chose. Qu’avez-vous vu ? Qu’avez-vous entendu ? Voilà les premières questions que l’on pose au témoin dans un accident ou un procès.
Commençons par travailler le premier témoignage qui consiste à aider les personnes à voir, écouter et recevoir les témoignages que Dieu s’est rendu à lui-même dans l’univers et dans l’histoire. L’Ecriture et la Tradition ont toujours tenu que l’existence de Dieu était accessible à la raison humaine à partir du Livre de la Création. Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence à travers les œuvres de Dieu ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité (Lettre aux Romains ou Psaume 18 : les cieux proclament la gloire de Dieu, le firmament raconte l’ouvrage de ses mains). On peut penser à l’expérience de découverte de Dieu qu’a vécue l’écrivain Eric Emmanuel Schmitt dans le désert et qu’il raconte dans son livre La nuit de feu. Dieu parle dans la nature. J’ai vu l’homme créé à l’image de Dieu. L’homme dit Dieu. Revanche suprême du Seigneur qui fait de l’athée lui-même un signe de son existence. Par notre soif de communion, par notre âme spirituelle, nous disons Dieu. Par notre désir de nous donner, par notre liberté-même, par notre capacité à le refuser, nous disons un Dieu qui ne force pas. Nous disons Dieu par notre soif d’un amour absolu, éternel, inconditionnel. Un amour que seul un dieu pourrait donner. Regardez les saints, les chercheurs de Dieu : leur humanité ne vous donne-t-elle pas envie de croire ?
Dieu ne s’est pas contenté de créer et de graver son image dans le cœur de l’homme, Dieu a parlé. Dans tout l’Ancien Testament, Dieu se fait connaître. En révélant à Moïse le sens de son nom ; en attestant qu’il est bien le Dieu unique ; en donnant une loi de vie ; en nous interpellant sur nos choix. Dieu adresse la parole à des hommes particuliers qui doivent transmettre ces paroles à tout le peuple. Connaître l’Ecriture, pouvoir la raconter, montrer son sens profond nous permet de partager aux autres le témoignage que Dieu s’est rendu à lui-même. D’où l’importance de plonger et de replonger dans les eaux de la Bible. Vous aurez sans doute envie de partager aux autres les découvertes que vous y aurez faites.
Et puis, il y a Jésus. Dieu est venu lui-même nous montrer comment être des témoins. Le Christ, dont nous continuons la mission est le témoin par excellence et le modèle du témoignage chrétien (Redemptoris Missio, saint Jean Paul II). Cela veut dire que nous pouvons observer Jésus pour savoir comment témoigner. Mais aussi que la meilleure manière de témoigner est d’accompagner une personne à la découverte de Jésus. En lisant avec elle la Parole lui permettra de découvrir qui est Dieu. Mais c’est surtout au pied de la croix que la personne pourra découvrir combien elle est aimée. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime (Jean 15, 13).
Certes, tout le monde voit des choses mais il faut ensuite un engagement personnel pour reconnaître dans ce qu’on voit l’œuvre de Dieu. Il faut la foi pour interpréter. Le témoignage a pour but de susciter la foi. Il est aussi enraciné dans la foi de celui qui le donne. La foi me fait reconnaître Dieu à l’œuvre. Elle me révèle ce qu’il y a de surnaturel dans des événements qui, pour d’autres, resteront des coïncidences. Par ta lumière, nous voyons la lumière (Psaume 36, 9). Bien sûr, on peut nous objecter que ce n’est que mon interprétation des faits. Les non croyants reconnaissent des faits inexplicables. Le croyant reconnaît un auteur aux miracles. Témoigner c’est proposer d’accueillir une nouvelle lumière pour mieux voir, une nouvelle lecture des faits. Il faut la foi pour parler avec puissance. Ce n’est pas nous qui donnons la foi. C’est Dieu. Mais il veut que nous apportions le grain de moutarde de notre foi pour qu’il le multiplie. Quand nous parlons avec foi, Dieu donne à nos mots une portée qui les dépasse. L’Evangile n’est pas seulement parole mais aussi puissance de Dieu pour le salut de ceux qui croient.
- J’ai témoigné avec foi d’une petite grâce que j’avait reçue à une amie. Je l’ai ensuite invitée à faire une demande concrète au Seigneur et elle a été exaucée. Plus tard, j’ai témoigné à un ami prêtre de ces deux grâces reçues. Cela l’a encouragé à faire une demande beaucoup plus importante. Lui-même a été exaucé. Le témoignage fait la courte-échelle pour nous aider à grandir dans la foi. Une parole dite avec foi ou une action apparemment anodine peuvent porter un fruit insoupçonné.
- J’ai rencontré une fille de 17 ans qui faisait un stage de trois semaines dans une maison diocésaine. Sa famille était anticléricale mais elle croyait grâce au meilleur ami de son père qui était catholique. Quand elle était enfant, ils sont entrés dans une église. Et cet ami a dit une prière. Ce jour-là, elle a été saisie par la grâce et elle a cru à la vérité de l’évangile et à la puissance de la prière. La foi de cet homme a été plus importante que sa parole.
Il y a donc des réalités que tout le monde voit mais il faut la foi pour y voir l’œuvre de Dieu. Au moment de témoigner, je dois donc regarder ma propre foi et m’interroger sur son origine. Je dois donc revenir aux sources. Pourquoi je crois ? D’où vient ma foi ? Quelles sont mes principales raisons de croire ? J’aime dire qu’il existe trois grandes familles de raisons de croire qui forment une sorte de pont de singe.
- Une des cordes, ce sont nos raisons intellectuelles de croire.
Nombreuses sont les personnes qui refusent de parler de Dieu en affirmant qu’elles ont un esprit scientifique, cartésien. Pourtant, la foi chrétienne est rationnelle. Témoigner de notre itinéraire rationnel vers Dieu est donc éminemment valable et fécond. Le chemin de notre intelligence prépare la découverte de l’amour de Dieu, l’enracine, la conforte et permet l’engagement de tout notre être à la suite du Christ.
- Ensuite, il y a la rencontre personnelle ou la raison mystique.
Le pape François en parle dès les premières lignes de la Joie de l’Evangile : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus-Christ ou au moins à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui parce que personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur. » Cette rencontre transforme tout. Nous goûtons l’amour de Dieu de façon intense et éprouvons le désir de nous convertir. Il n’est jamais trop tard pour faire ou refaire cette rencontre. La rencontre personnelle est comme une corde sous nos pieds. Parce que, lorsque nous l’avons vécue, nous pouvons courir facilement et plein d’allant vers le Seigneur.
- Il y a une troisième corde : elle se tisse à mesure de notre amitié avec Dieu.
Elle se renforce avec tous les cadeaux que nous recevons de sa main. Tous les fruits que nous cueillons dans la prière, les sacrements, l’Ecriture et la vie à la suite du Christ dans notre quotidien. Tout cela vient nourrir cette dimension de notre foi. Plus nous prêtons attention à la grâce, plus notre amitié avec Dieu se fait profonde. C’est la corde du quotidien.
Ces trois cordes (rationnelle, mystique, quotidienne) équilibrent notre vie de foi et nous aident à avancer. Nous avons tous tendance à nous appuyer plus naturellement sur une des trois de ces cordes. Mais nous avons besoin des trois pour avancer sans nous laisser intimider par les adversaires. Chacune de ces cordes nous donnent aussi des pistes pour nous adapter à ceux que nous rencontrons. Plus nous utilisons de langages spirituels, plus nous pouvons rejoindre des personnes différentes. Une des raisons pour lesquelles nous ne savons pas quoi dire de Dieu est que nous ne vivons pas assez par la foi. Notre vie est trop régie par les codes et les manières du monde, trop confortables. Quand donc avez-vous fait un acte de foi la dernière fois ? Si nous voulons avoir des choses à raconter, il faut que notre vie dépende davantage de Dieu. Il faut que nous lui ouvrions un espace pour qu’il puisse agir. Nous avons toutes les bonnes raisons de faire confiance à Dieu puisqu’il veut notre bien et qu’il nous l’a déjà prouvé.
Ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur. En bien comme en mal, chacun parle de ce dont son cœur est plein : de ses enfants, de ses réussites, de sa musique, de lui-même. La parole est un symptôme de la santé du cœur. Le témoignage repose sur l’expérience bouleversante d’être sauvé par Dieu. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. (Jean 15, 16). C’est bien Dieu qui prend l’initiative. Je réponds à sa Parole qui fait déborder mon cœur.
- Une parole qui me bénit : Tu es mon fils bien-aimé. (Marc 1, 11)
- Une parole qui me relève : Je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. (Jean 8, 11)
- Une parole qui m’envoie : Va et toi aussi, fais de même. (Luc 10, 37)
J’aime bien faire mes retraites en hiver. En me promenant, je vis un magnifique petit ruisseau qui coulait dans la neige. J’ai été saisi d’une envie irrépressible de témoigner de cette beauté à quelqu’un. Et j’ai eu une révélation. J’ai compris que l’évangélisation c’est tout simple. C’est quand on est tellement émerveillé par Dieu que l’on ne peut plus garder cela pour soi seul. Pour être témoin, il faut que notre cœur déborde. La meilleure solution est d’être rempli de l’Esprit Saint. C’est lui qui nous ouvre l’intelligence des Ecritures. C’est lui qui nous fait souvenir de tout ce que Jésus nous a dit et enflamme notre cœur d’amour pour nos frères. Il nous donne de proclamer l’incarnation de Jésus et de nous défendre face aux accusateurs.
Ma vie a changé un soir d’août 1997 lors des JMJ à Paris). Pendant une veillée, après une confession, nous avons loué et entendu une prédication nous invitant à mettre nos racines dans le ciel pour porter du fruit sur la terre. On nous invitait à formuler la demande d’être saisi par Dieu ; d’appartenir de façon plus radicale au Seigneur. J’ai été comme karchérisé de l’intérieur. Cet événement m’a donné la conviction que j’étais aimé par Dieu et m’a rempli d’amour pour le prochain. C’est une grâce que Dieu veut faire à tous. Il ne refuse pas l’Esprit-Saint à ceux qui le lui demandent.
En résumé, tout homme est témoin. Aidons nos contemporains à ouvrir les yeux et les oreilles. Quand nous parlons de Dieu, surtout, faisons-le avec foi. Nos mots maladroits ne peuvent rien mais l’Esprit peut tout. Si nous n’avons pas le désir de témoigner, demandons au Seigneur de venir se révéler à nous comme une source d’eau jaillissante capable d’étancher toutes les soifs.
Avant de passer à la suite, je vous propose trois petits exercices :
- Pensez à quelqu’un de votre entourage. Qu’est-ce que l’être de cette personne vous dit de Dieu.
- La parole est un symptôme du cœur. Faites un petit diagnostic. De quoi est-ce que je parle le plus ? Est-ce en bien ou en mal ?
- Pour voir Dieu à l’œuvre, il faut lui laisser la place d’agir. Faites un acte de foi. Osez prendre un risque et tentez quelque chose parce que Dieu vous le demande. Sans tout maîtriser. Sans tout comprendre.
Troisième partie : Préparer son témoignage personnel
Dans cette troisième partie, nous allons découvrir ce que Dieu fait de spécifique et d’unique dans notre propre vie. Il s’agit d’apprendre à voir l’œuvre de Dieu au quotidien. Préparer son témoignage suppose :
- d’ouvrir les yeux pour « recueillir la matière »
- d’apprendre à raconter un récit
- de trouver les mots pour « donner soif de plus »
- Recueillir la matière d’abord. Le témoignage s’apparente au récit d’une histoire d’amour. En fonction de l’interlocuteur et de l’inspiration du moment, on partage sur la première rencontre, sur le jour de la déclaration, sur le temps de l’engagement, les malentendus, les trahisons et les réconciliations ou les petits bonheurs et les difficultés du quotidien. Notre histoire sainte ne sera jamais entièrement verbalisée. Pour l’évangélisation, nous allons choisir une pépite à mettre en lumière, piochée dans les trésors . Il s’agit parfois du récit d’un grand tournant dans notre vie mais on peut aussi témoigner d’une petite fleur cueillie sur la route. Parlons des moments-pivots. Ce sont des événements, peu nombreux, qui ont été déterminants dans mon choix de bâtir ma vie sur le Christ. Ce sont souvent des expériences de salut, des appels à la conversion, à une vocation. Ils sont enthousiasmants car ils montrent une vraie transformation de la personne suite à l’action de Dieu.
- En mode ‘retournement radical’ on a le chemin de Damas de saint Paul.
- En étape supplémentaire dans un chemin déjà bien construit, on a le « j’ai soif » entendu par sainte Teresa de Calcutta.
Quand ai-je choisi le Christ ? Certains ont du mal à identifier un tournant mais que cela ait été sensible ou diffus, il faut mettre le doigt sur une décision ou la prendre aujourd’hui. C’est important de comprendre que c’est une affaire de liberté. Dieu ne force jamais la réponse. Nous nous engageons dans l’acte de foi. De même, notre témoignage n’est qu’une proposition qui ne contraint pas la réponse de l’autre. Ne soyez pas complexé et ne dites jamais que votre témoignage est nul. Dieu choisit la manière de se révéler. Sa délicatesse s’exprime dans la manière avec laquelle il s’y prend avec chacun. Et c’est cette délicatesse que nous aurons à imiter dans nos relations avec ceux que nous avons à évangélisation. Il y a les moments pivots et puis il y a Dieu à l’œuvre au quotidien. Il est judicieux de remplir notre trousse à pharmacie de toutes sortes de baumes du quotidien. Dieu ne se soucie pas de nous une fois tous les vingt ans ! Au contraire, il prend soin de nous constamment. Nous devons faire l’acte de foi qu’il s’occupe vraiment de nous h/24. Ma relation au Christ oscille entre accueillir le Christ qui me relève de ma misère (Jésus sauveur) et mettre mes pas dans les siens, épouser toujours plus sa volonté (Jésus Seigneur). Plus je me découvre sauvé, plus j’ai d’élan pour le suivre. Les pans de ma vie qu’il guérit et redresse (mon intelligence, ma mémoire, ma volonté, mon corps, mon affectivité, mon esprit) deviennent davantage capables de vivre selon l’Evangile. Chaque étape nouvelle pourrait faire l’objet d’un témoignage. Chaque jour pourrait faire l’objet d’un témoignage. La mémoire et l’attention sont les facultés-clés à développer pour devenir un témoin. La grande maladie du Peuple d’Israël c’est l’oubli. Il pousse les Hébreux à récriminer, à être nostalgiques du temps de l’esclavage, à douter de la bonté de Dieu. L’acte de mémoire, au contraire, génère des dons nouveaux. Les patriarches dressaient des stèles et organisaient des mémoriaux. Et nous, quels moyens prenons-nous pour observer les dons reçus ? Pour les faire mûrir et fructifier encore. Nous pouvons les noter. Faire un pèlerinage sur les lieux d’une grâce importante, installer un ex-voto, organiser une fête pour organiser un anniversaire de baptême. Je connais même quelqu’un qui a organisé un apéro pour la première confession de sa fille. Quelle idée géniale. Il n’est jamais trop tard pour se souvenir. Il y a quelques années, je me suis penché sur une liste de grâce pour me demander si je les avais reçues. Je m’apprêtais à écarter la guérison mais l’Esprit-Saint m’a encouragé à y regarder à deux fois. Alors est remonté le souvenir d’une prière de guérison intérieure qui m’a libéré d’une tristesse violente. Pour la première fois, j’ai rendu grâce à Dieu d’avoir inspiré mon confesseur, d’avoir permis, par la suite, une réconciliation dans une relation blessée. Je témoigne de cette grâce presque cinq ans plus tard. Voici quelques pistes pour ouvrir les yeux sur la grâce présente au quotidien dans nos vies :
- Vivre le parcours gratitude ( https://bryansultana.com/et-si-on-reapprenait-a-dire-merci/ )
- S’interroger sur les fruits de chacun des sacrements reçus.
- Se demander si on a déjà reçu les grâces suivantes et si oui, noter l’effet (où ? quand ? comment ?) : la grâce du pardon, la grâce de la réconciliation, la grâce de la consolation, un éclairage, un appel, une délivrance, une guérison physique ou morale, une grâce de paix ou de joie, …
- Nous pouvons aussi constater que nous avons grandi dans telle ou telle vertu (la patience, la maîtrise de soi, la confiance dans les autres…) ou que nous avons été guéri de la critique, de la colère, de la paresse…
- Nous pouvons chercher l’agir de Dieu dans nos relations avec nos parents, nos frères et sœurs, avec notre épouse, avec notre évêque, notre paroisse, nos amis, nos collègues, … Et si nous ne voyez rien, priez pour ça. Priez pour que Dieu agisse dans toutes ces relations.
- Nous pouvons faire mémoire de moments où l’Ecriture nous a transformé.
- Prendre chaque jour une résolution après notre temps d’oraison pour que notre prière porte un fruit concret. Je me souviens d’avoir un jour pris la bonne résolution de dire du bien à toutes les personnes que j’allais rencontrer durant la journée notamment à une personne chez qui j’étais invité le soir. Je lui ai adressé quelques compliments et cette personne m’a confié combien elle avait besoin de paroles valorisantes. Notre amitié a atteint ce soir-là une profondeur nouvelle. Dieu nous écoute et nous répond. N’en doutons pas.
- Nous pouvons faire une relecture de nos journées.
- Enfin, il faut prier. Rien ne vaut le temps gratuit offert fidèlement au Seigneur pour aiguiser notre regard spirituel, notre capacité à recevoir les dons. Dans mes périodes d’infidélité à la prière, j’ai la brusque impression de ne voir plus qu’en 2D.
- Après avoir recueilli la matière, il va falloir apprendre à raconter une histoire ; acquérir l’art du récit. Les témoignages ont la vertu des paraboles. Ils donnent le désir d’en savoir plus. Ils ont une force supplémentaire, celle des histoires vraies. Nous devons donc apprendre à raconter une histoire avec un début, un milieu et une fin (avec des faits précis et un fil logique qui permet à l’auditeur de poursuivre la pensée et donne envie d’entendre la suite). Vous pouvez raconter de manière vivante et concrète ce que Dieu a fait. Où étiez-vous ? Dans votre chambre ou dans quel pays ? Combien de temps cela a-t-il pris ? Trois ans ou quelques secondes ? En quelles circonstances Dieu a-t-il agit ? C’était pendant une retraite ou pendant une période de deuil ? Quel a été le moyen de son action ? Un sacrement ? Une rencontre ? Un livre ? Un film ? Quel en a été le mode ? L’agir de Dieu a-t-il été violent ou discret ?
Puis, vous expliciterez cette action de Dieu. Qu’est-ce qui a changé dans ma relation avec moi-même ? Dans ma relation à Dieu ? Dans ma relation aux autres ? Il s’agit de rendre compte de faits le plus précisément possible sans se noyer dans les détails mais de sorte qu’on puisse se représenter concrètement la situation. Il faut s’efforcer d’avoir l’implication émotionnelle adaptée au sujet. Autrement dit, il faut se garder de dramatiser ce qui n’a pas lieu d’être (un usage excessif des réseaux sociaux, par exemple – ce n’est pas l’idéal mais il y a pire comme addiction) comme il faut se garder de minimiser une situation réellement éprouvante, comme un deuil. Le témoin donne aussi à voir le sens spirituel des faits tels qu’il l’a discerné à la lumière de la foi.
Pour raconter son histoire, il y a donc quelques règles à respecter. Appelons-les ABC+J. C’est une règle bien connue des évangélisateurs en herbe que l’on se transmet comme une recette de grand-mère pour un témoignage qui fait mouche.
A pour authentique, B pour bref, C pour être centré sur le Christ, J pour joyeux.
- L’accent pour l’authenticité renvoie certes à l’idée de vérité mais permet aussi d’insister sur l’importance de dire « je ». Raconter l’œuvre de Dieu dans notre vie même si elle nous paraît banale plutôt que son œuvre éclatante dans la vie d’une autre personne. La providence a voulu que ce soit vous, le témoin aujourd’hui.
- Je ne crois pas avoir besoin de beaucoup expliciter la nécessité d’être bref. Il est plus agréable d’entendre votre interlocuteur vous poser des questions parce qu’il veut en savoir plus que de le surprendre à bailler ou regarder sa montre.
- Centré sur le Christ cela veut dire que le héros de l’histoire c’est Jésus. A la fin du témoignage, la personne doit pouvoir dire ce que Dieu a fait.
- Le témoignage est joyeux en ce qu’il manifeste que connaître Jésus est vraiment une chose désirable.
- Il faut trouver les mots et les sujets pour rejoindre les autres (nous parlons pour être compris). Le vocabulaire est donc le premier point à travailler (attention au jargon catho incompréhensible pour la plupart : rédemption, salut, communion). Est-ce que les mots que j’emploie sont compréhensibles ? Ont-ils le même sens pour moi et pour la personne à qui je parle ?
Un bon exercice est de mettre son témoignage par écrit puis de le relire à voix haute en se mettant dans la peau d’une personne qui ne connaît rien à la religion chrétienne ou d’un étranger qui ne maîtrise pas très bien le français. Derrière ce conseil apparemment technique se cache une vraie question d’intention. Est-ce que je témoigne pour moi ou pour l’autre ? Suis-je prêt à sortir de moi-même par amour de l’autre ? Cela vaut pour les mots choisis mais aussi pour le thème du témoignage lui-même. Il s’agit de choisir de partager un témoignage qui va rejoindre la personne ou le public concerné (qui répond à leurs préoccupations, leurs questions). Témoigner c’est dire la foi chrétienne à la première personne (en « je ») pour autant cela n’implique pas de réinventer le credo. C’est, au contraire, rendre compte de la manière dont vérité universelle est incarnée dans notre vie. La foi de l’Eglise se vérifie dans mon expérience.
Dans le jargon missionnaire, on parle de témoignage kerygmatique. A quoi renvoie ce kerygme dont on a plein la bouche ? C’est un mot grec qui signifie « proclamer ». Les Apôtres, après la Pentecôte, ont voulu faire connaître à tous l’incroyable nouvelle et ils l’ont criée sur tous les toits. Plus tard, ‘κήρυγμα a désigné le contenu de ce cri. Jésus est ressuscité ! Comme le rappelle le catéchisme, être témoin du Christ c’est être témoin de sa résurrection. Le mot ‘kerygme’ renvoie aujourd’hui au cœur de la foi, aux vérités fondamentales reconnues par les chrétiens. Une annonce kerygmatique tourne autour de quelques propositions essentielles :
* Dieu est amour
* L’homme créé à l’image de Dieu s’est détourné de lui
* Nous sommes sauvés en Jésus par sa mort et sa résurrection
* Nous pouvons accueillir ce salut par la foi et la conversion
* Dieu nous donne l’Esprit-Saint
* En lui nous vivons la communion avec nos frères dans l’Eglise.
6 points donc : Amour – Péché – Salut- Conversion – Esprit Saint – Eglise
Lorsque nous préparons un témoignage, il est bon de nous interroger sur la manière dont notre petite histoire manifeste tel ou tel point de la foi.
Dieu a fait des merveilles dans votre vie. Beaucoup plus que vous ne le pensez ou ne l’imaginez. J’espère que ce chapitre vous a donné le désir de faire de votre vie une réelle chasse aux nombreux trésors que le Seigneur vous a déjà donnés.
Permettez-moi de vous proposer trois exercices à prioriser parmi toutes les pistes évoquées précédemment :
- Prendre 15 minutes pour rédiger, après avoir invoqué l’Esprit-Saint, le témoignage d’un moment de votre vie (soit un moment-pivot, soit une grâce du quotidien).
- Avant que Dieu agisse, quelle était ma situation ?
- Pendant l’action de Dieu, que s’est-il passé ?
- Après l’action de Dieu, quel fruit durable ai-je goûté ?
- Si vous pensez ne pas avoir fait de rencontre personnelle avec le Christ ou si vous découvrez ne plus en vivre aujourd’hui, demandez à un ami, un frère ou une sœur de prier pour vous. Ensemble, demandez à l’Esprit Saint qu’il vous révèle la bénédiction que le Père a prononcée sur vous de toute éternité.
- A la fin de chaque journée, notez une présence agissante de Dieu.
Quatrième partie : Se jeter à l’eau
Il est grand temps de se lancer. Dans cette partie, nous allons donc évoquer le juste équilibre entre audace et discernement.
QUAND ?
Quel est le bon moment pour témoigner ? Les occasions de témoigner naissent de notre désir de servir et de notre disponibilité à l’Esprit-Saint.
La première chose à faire est de décider intérieurement de ne rater aucune occasion et demander au Seigneur d’en susciter : me voici, envoie-moi ! Quand vous montez dans un bus, quand vous discutez avec votre coiffeuse : désirez témoigner et tenez-vous prêt.
Un ami m’a un jour partagé qu’il avait prié pour avoir l’occasion de discuter de sa foi avec ses collèges. Le jour-même, l’un de ceux-ci lui parle de sa préparation au mariage à l’église. Nous pouvons aussi porter durablement dans la prière la conversion des personnes de notre entourage. Souvenons-nous de saint Augustin et de sainte Monique, de Pranzini et sainte Thérèse. J’ai pour ma part découvert il y a peu qu’une religieuse que je ne connaissais pas priait pour moi depuis le jour de mon ordination.
Notre prière constante fait grandir notre désir de témoigner et nous aide à discerner les bons moments. Par la prière, nous découvrons aussi que c’est toujours Dieu qui est l’auteur de la conversion. Il faut aussi se tenir prêt en tout temps : soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. (I Pierre 3, 15-16) Nous ne voulons pas manquer une perche par paresse ou par lâcheté. Souvent, il s’agit surtout de sortir du bois, assumer qu’on est catho et laisser venir. Une amie avait posé une demi-journée pour intervenir sur une émission de radio chrétienne. Ses collègues se sont amusés à deviner de quelle radio il s’agissait. Le pot aux roses a été découvert. Dans la semaine, les langues se sont déliées et plusieurs sont venus en aparté lui faire des confidences et lui poser des questions. Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps. (II Tim 4, 1-2) Saint Paul nous invite à annoncer le Christ en toute circonstance et lui-même ne s’est pas privé pour le faire en prison, sur les places et les bateaux. Je pense que Paul veut nous libérer d’un souci exagéré de l’opinion d’autrui et du qu’en dira-t-on. Cela ne nous empêche pas de discerner le timing de Dieu mais cela nous libère des conventions des hommes. Avec audace, secouons toute peur du ridicule : je n’ai pas honte de l’Evangile.
Pour discerner le temps, il faut se laisser guider par la charité. L’audace n’empêche pas de considérer le bien du témoin et celui du destinataire. Le témoignage consolide la grâce reçue mais il est aussi une exposition qui doit être mûre, pesée et choisie. Les points d’attention dépendent du tempérament et de l’itinéraire de chacun. On peut se demander notamment :
- L’exposition est-elle importante ? (notamment si on va parler sur un média ou devant une foule).
- Quels effets les mots dits en public auront-ils sur ma liberté future de suivre le Christ ?
- Ai-je une expérience de combat spirituel ?
- Suis-je prêt à témoigner de ma pauvreté ?
- Ai-je bien conscience que, même si le Seigneur m’a libéré ou délivré de certains travers, je reste fragile et susceptible de succomber à la tentation ?
- Est-ce que mon histoire implique d’autres personnes ? Sont-elles d’accord pour que je témoigne de ce qui les concerne ? Et sinon, comment préserver leur anonymat ?
Bien sûr, on peut toujours demander conseil auprès de son accompagnateur spirituel ou tout autre grand-frère dans la foi, s’il est pertinent de témoigner.
AUPRES DE QUI TEMOIGNER ?
Dieu veut que tous les hommes soient sauvés mais souvent, il nous envoie témoigner de proche en proche. Et les plus proches, ce sont d’abord ma famille. Il n’est pas rare de voir des conversions-domino dans les familles. Et il est normal que ce qui est central dans ma vie ait une influence sur mon entourage intime. Plus je ressemble à Jésus, plus ma famille devrait être attirée à lui.
Toutefois, il y a quelques écueils à éviter :
- Tout d’abord l’effet gavage d’oie sans apéritif. Si vous voulez parler de votre relation à Jésus-Christ dans votre famille, assurez-vous d’exciter d’abord leur intérêt et leur curiosité. Inutile de donner à boire à un âne qui n’a pas soif.
- Ensuite, le chantage affectif. Il ne peut y avoir d’adhésion vraie à Jésus qu’en pleine liberté. C’est un vrai défi car l’existence de liens affectifs forts va rendre plus difficile la purification de notre intention. Surtout si nos relations familiales manquent de chasteté (c’est à dire de juste distance).
Ces écueils ne doivent pas nous empêcher de travailler à la conversion de nos proches. Mais nous devons rester vigilants pour que nos efforts ne soient pas contre-productifs. Ensuite, il y a mes amis, mes voisins, mes collègues immédiats. Dieu n’est pas un sujet tabou même si on nous bassine les oreilles en le relayant dans la sphère du privé. Aujourd’hui, on est souvent plus gêné de parler de Dieu que de parler de sexe. C’est une erreur. En fait, on peut très facilement et avec beaucoup de gens mettre le sujet de Dieu sur la table et voir si ça mord. J’ai une amie qui est une vraie bombe… apostolique. Sa propriétaire, son banquier, son esthéticienne, le boucher, la caissière : tout le monde se retrouve invité à l’église le dimanche. Elle organise aussi des repas chez elle sous la forme de la « messe des curieux » pour partager sur la foi. Son secret ? S’intéresser à chacun puisque Jésus a voulu être ami des hommes. Alors elle leur demande : Et vous, comment ça va ? Et tout naturellement, dans la discussion, elle témoigne. Il y aussi ceux qui témoignent auprès d’inconnus dans la rue. C’est souvent le cas dans les grandes villes près des églises où sont organisées des moments d’adoration ou de confessions. La mission de rue peut-être un lieu intéressant pour apprendre à témoigner mais j’avoue que ce n’est pas donné à toute le monde. Mais certains s’en acquittent fort bien. La rue donne une liberté et une audace particulière, un anonymat aussi C’est un bon exercice. C’est sûr, il faut se faire violence pour se jeter à l’eau. Pour certains, c’est plus facile de commencer comme ça plutôt qu’avec des gens qu’ils côtoient tous les jours. Cette formule nous apprend à regarder toute personne avec le regard bienveillant de Jésus, même si chaque personne n’est pas bienveillante vis-à-vis de vous ou de Dieu. Il est toujours bon de demander la bénédiction des pasteurs avant de se ruer sur le premier venu.
QUE DIRE ? QUE TAIRE ?
Rappelons-nous que le meilleur témoignage est celui inspiré le moment venu par l’Esprit Saint. Ne vous inquiétez pas de savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous. (Matthieu 10, 19-20). Pas besoin de préparer des petites phrases toutes faites. Nous devons sans cesse nous adapter et chercher ce que Dieu veut. Nous sommes ses envoyés et nous délivrons son message, pas le nôtre. Il ne s’agit pas de tout dire à n’importe qui. Le seigneur nous met d’ailleurs en garde : ne jetez pas vos perles aux pourceaux (Matthieu 7, 6). On parle parfois du secret du roi pour dire que certains dons de Dieu sont à garder précieusement pour celui qui les reçoit et éventuellement son confesseur. Sans rien changer des faits, il nous appartient d’apprécier les détails dans lesquels nous pouvons ou devons entrer. Les paramètres à prendre en compte sont :
- L’état spirituel dans lequel la personne se trouve
- Ses préoccupations, ses éventuelles fragilités humaines ou psychologiques
- Les valeurs de son milieu
- Les personnes qui ont de l’ascendant sur elle
- Ce que l’on connaît de ses lieux de combat et de fragilité
Selon les situations, on pourra discerner, par exemple, s’il faut nommer un péché dont on a été libéré ou au contraire, éviter de le faire en témoignant de la libération sans entrer dans les détails. C’est bien ce que Dieu nous demande qui doit être notre règle et non notre préférence personnelle, nos envies, nos peurs ou nos insécurités. Bien sûr, ce discernement n’est ni facile ni infaillible. Etre accompagné spirituellement va nous aider à relire d’une fois sur l’autre et à trouver le juste chemin entre la peur de l’humiliation et l’attrait du spectaculaire ou l’impudeur.
COMMENT DONNER SON TEMOIGNAGE ?
Dans le témoignage, nous partageons à d’autres le récit d’un bout de chemin accompli avec le Christ pour les aider à prendre les bons embranchements. Parfois, il s’agit de les encourager en leur peignant un magnifique paysage qui se trouve juste après le virage. Parfois, il faut donner une lumière à leur conscience pour les aider à discerner entre deux itinéraires possibles. Parfois, il faut les mettre en garde sur la nécessité de bien s’équiper avant de lever le camp ou même de leur déconseiller formellement d’emprunter un chemin périlleux. Toujours, le témoignage suppose de savoir où ils en sont et ce qu’ils sont capables d’entendre ou de porter. C’est pourquoi, le témoin doit s’insérer dans un dialogue et non s’imposer comme un discours. C’est la charité qui nous aide à utiliser les mots et le ton qui conviennent pour emballer notre cadeau dans un style qui le rend recevable à celui à qui on le destine. Aux enfants, on donne d’abord du lait puis du pain, puis du sec. Certes, il est bon de désirer grand pour les personnes, d’espérer leur adhésion au Christ et leur communion avec l’Eglise. Toutefois, nous devons réaliser que cela n’arrivera peut-être qu’au terme d’un processus un peu voire très long. Peut-être même, cette adhésion n’arrivera jamais. L’évangélisation ne consiste pas à tirer sur la plante mais à lui donner le soleil et l’eau dont elle a besoin pour pousser naturellement. Il faut parfois accepter de donner des miettes plutôt que l’intégralité du pain lorsque la personne ne pourra pas le digérer. En même temps, nous ne devons pas non plus être timide ou nous imposer des filtres alors que Dieu nous pousse à oser. Car le témoignage se fait dans la puissance de l’Esprit-Saint. Nous l’avons dit déjà dans le deuxième chapitre mais le témoignage doit toujours être donné dans la foi. Je donne mes pains et mes poissons et Dieu va nourrir l’autre avec mon humble offrande et lui faire porter du fruit. C’est toujours l’Esprit qui permet à la parole de produire un impact. Le but est d’interpeller ; de faire bouger les lignes et de provoque un choix. Chaque témoignage doit amener la personne à une option : croire ou ne pas croire ; se décider pour Dieu en faisant un petit pas vers lui pour qu’il puisse nous rejoindre et nous sauver.
Je peux inviter la personne à oser une démarche en réponse à ma parole. Par exemple, relire un pan de sa vie. Ou se renseigner sur un sujet précis ou encore lui faire la reine des propositions : lui proposer de se mettre en présence de Dieu dans une prière toute simple. Le pape François l’écrit dans la Joie de l’Evangile : « Si cela semble prudent et si les conditions sont réunies, il est bon que cette rencontre fraternelle et missionnaire se conclue par une brève prière qui rejoigne les préoccupations que la personne a manifestées. Ainsi, elle percevra mieux qu’elle a été écoutée et comprise, que sa situation a été remise entre les mains de Dieu, et elle reconnaîtra que la Parole de Dieu parle réellement à sa propre existence ». (128)
Si le témoignage est un apéritif, la personne ne doit pas rester sur sa faim. Allons au bout de notre acte de foi. Dieu peut et veut faire quelque chose dans la vie de cette personne. Elle reste totalement libre mais je dois faire tout mon possible pour aller au bout de la proposition et accompagner cette personne sur le chemin nouveau que lui ouvre ma parole. Je peux dire très simplement : « veux-tu que nous fassions ensemble l’expérience de nous mettre devant Dieu dans la prière pour lui confier ce que tu veux (ta santé, ta famille, ton travail) ? » Il faut que cette prière soit la plus simple possible pour qu’elle puisse la reproduire chez elle.
Cette fois, plus possible de reculer. Il faut nous jeter à l’eau et vivre concrètement la folle aventure du témoignage. Nous l’avons examinée sous toutes ses coutures et oui, c’est un exercice d’équilibriste. Mais la vie chrétienne n’est-t-elle pas, elle-même, un exercice d’équilibriste ? En tous cas, Dieu nous veut sur la piste et pas endormi dans les gradins. Qu’importe quelques gamelles puisque Dieu veut nous prendre à son école et nous relever.
Cette fois, le défi est tout simple :
Oser témoigner une fois par jour et relisez, avant le coucher pour rendre grâce et écouter comment Dieu veut vous enseigner à témoigner un peu plus comme lui.
Cinquième partie : splendeurs et misères des vies de témoins (les défis du missionnaire)
Ca y est : vous êtes équipés pour le témoignage mais peut-être gardez-vous quelque angoisse ou réserve. Nous percevons, plus ou moins consciemment des difficultés de l’exercice. Parler de Dieu, raconter sa présence dans nos vies devrait être la chose la plus naturelle du monde et elle nous semble la plus délicate.
Regardons maintenant quelques défis pour entrer dans l’intelligence plus profonde de l’acte missionnaire. Acceptons que ces défis nous engagent dans une voie de sainteté.
- Le premier défi c’est la difficulté à dire Dieu. La plupart des personnes qui se lancent dans l’évangélisation partagent cette inquiétude. Suis-je assez formé ? Ne vais-je pas dire des bêtises sur Dieu et ainsi faire plus de mal que de bien ? Rassurez-vous : le témoignage c’est l’évangélisation pour les débutants. Il s’agit de dire où j’en suis. Pas besoin de se présenter comme sainte Thérèse d’Avila ou saint Thomas d’Aquin puisqu’on ne fait pas un cours de mystique ou de théologie. Je partage ce que j’ai vu. Et encore, j’ai bien conscience que mon point de vue est limité et incomplet. La difficulté de dire Dieu nous invite à une triple humilité :
- humilité devant le mystère
- humilité par rapport à notre propre chemin de foi (qui nous reste, en grande partie, inconnu)
- humilité vis-à-vis des personnes auxquelles on témoigne
Finalement, cette difficulté nous incite à désirer nous former, à mieux connaître celui que nous aimons. Ce n’est pas une mauvaise chose.
- Un deuxième défi c’est le combat spirituel propre au témoin. Le témoignage n’est pas un acte neutre ni pour moi (qui m’expose comme croyant) ni pour ceux que je rencontre, ni pour l’Eglise. Tout homme qui s’élève élève le monde disait sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus. Chaque conversion est une déflagration dans l’histoire. L’onde de choc se propage et fait bouger les personnes beaucoup plus loin qu’on ne peut l’imaginer, dans l’espace et dans le temps. A la mesure de l’impact potentiel se déploie le combat spirituel. J’aime l’image d’une partie de balle aux prisonniers dans laquelle, en assumant un rôle de témoin actif, nous adopterions une stratégie offensive. Nous ne nous contentons pas d’éviter de nous faire toucher mais nous prenons des risques pour délivrer ceux que l’adversaire a capturés. Et Satan n’aime pas ça et va nous le faire savoir. Bien sûr il y aura un combat mais ne nous en effrayons pas. C’est Jésus qui a gagné mais il faut s’équiper pour la lutte.
- D’abord en identifiant nos péchés, nos faiblesses, nos zones d’ombre.
- Ensuite, connaître la stratégie de l’ennemi qui est soit de nous démobiliser soit de fausser le témoignage en nous faisant accomplir notre œuvre plutôt que celle du Père.
- Enfin, préparer nos armes : une vie sacramentelle dense, un accompagnement spirituel et des amis solides, une relecture de nos journées et une fréquentation de la Parole de Dieu. Pourquoi ne pas vous préparer un petit carnet de combat ? Voici quelques exemples :
* Si je suis paresseux, je vais me rappeler que le Seigneur nous dit : « Je vous ai envoyés moissonner ce qui ne vous a coûté aucun effort ; d’autres ont fait l’effort, et vous en avez bénéficié ». (Jean 4, 38)
* Si je suis découragé, j’écoute : « Dans le monde, vous avez à souffrir, mais courage ! Moi, je suis vainqueur du monde ». (Jean 16, 33) ou encore : « Ne nous lassons pas de faire le bien, car, le moment venu, nous récolterons, si nous ne perdons pas courage ». (Galates 6, 9)
* Si j’ai honte de reconnaître que je suis chrétien, je peux réécouter : « Celui qui a honte de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. » (Marc 8, 38) ou encore : « Je n’ai pas honte de l’Évangile, car il est puissance de Dieu pour le salut de quiconque est devenu croyant, le Juif d’abord, et le païen ». (Romains 1, 16)
* Si j’ai tendance à vouloir débattre de manière stérile, je me rappelle : « Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses raisonnements. » (Romains 14, 1)
- Le troisième défi c’est la peur d’être un contre-témoignage. Nous l’avons dit, Satan essaie de nous décourager. Même le moins lucide d’entre nous a conscience de tenir plus du clignotant que du feu de croisement dans sa manière d’être lumière du monde et d’éclairer la route des autres. La constance et la cohérence de vie sont le défi numéro 1 du témoin et ce n’est pas si facile d’accepter que nous sommes malheureusement, bien souvent, des disciples intermittents. Pour certains, l’intermittent c’est temporel. Il y a les jours ‘avec’ et les jours ‘sans’. Pour d’autres, elle est sectorielle. Il y a les sujets déjà évangélisés et les sujets encore en friche. Certains, en regardant leur vie et habités par la peur d’être hypocrites ou pharisiens vont préférer se taire. Cette conscience de notre misère est exacte mais il faut avancer quelques éléments de réflexion pour éviter de tomber dans le panneau de Celui qui ne veut pas que nous rendions gloire à Dieu.
Jésus, qui nous connaît et qui sait très bien de quoi nous sommes pétris a décidé de nous confier cette mission. Au jugement de qui préférons-nous nous fier ? Le nôtre ou celui du Seigneur. Relisons l’appel de Moïse en Exode (3, 4) : Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » ou celui d’Isaïe au chapitre 6. Il commence par : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » (verset 5) mais il finit par : « Me voici : envoie-moi ! » (verset 8).
La conscience de notre misère est, après tout, la meilleure disposition pour être un bon témoin car alors, je ne suis pas tenté d’oublier que je ne suis qu’une voix et pas la parole. Je suis là pour manifester la bonté et la miséricorde de Dieu et non ma propre sainteté. Le pire danger pour le témoin c’est de se prendre pour le phare et de se présenter en super héros, largement gratifié par les bontés de Dieu. Il court alors le risque d’être un naufrageur, un faux prophète qui attire les autres à lui pour les piller au lieu d’accepter de n’être qu’une bouée qui aide à entrer dans le port.
C’est un autre élément très important : je ne suis jamais seul. J’appartiens à un corps : l’Eglise qui témoigne avec moi. Comme l’écrit saint Paul VI dans Evangelii Nuntiandi : « Evangéliser n’est pour personne un acte individuel et isolé, mais c’est un acte profondément ecclésial. Lorsque le plus obscur prédicateur, catéchiste ou pasteur, dans la contrée la plus lointaine, prêche l’Evangile, rassemble sa petite communauté ou confère un sacrement, même seul, il fait un acte d’Eglise et son geste se rattache certainement, par des rapports institutionnels, mais aussi par des liens invisibles et par des racines souterraines de l’ordre de la grâce, à l’activité évangélisatrice de toute l’Eglise. Cela suppose qu’il le fasse, non pas par une mission qu’il s’attribue, ou par une inspiration personnelle, mais en union avec la mission de l’Eglise et en son nom. » (EN 60)
Le meilleur moyen pour ne pas se perdre est de prendre de plus en plus conscience que l’on est membre de l’Eglise. Nous devons vivre le témoignage encordé à des frères (une fraternité comme une cellule d’évangélisation, un bon groupe d’amis avec qui je peux relire, prier et me former). Plus je prends la parole comme chrétien, plus je prends le risque, si je ne suis pas cohérent, d’être un obstacle à la rencontre du Christ. Quelle est donc la solution ? Me taire ou bien chercher à être de plus en plus cohérent ?
Et c’est la bonne nouvelle de cette fin de parcours : le témoignage m’aiguillonne sur le chemin de la sainteté. Le témoignage m’appelle à avoir une vie transformée. Parce que le témoignage comme parole est, à la fois, nécessaire et insuffisant. La Révélation de Dieu s’est faite par des actions et des paroles intimement liées entre elles de sorte que les œuvres accomplies par Dieu dans l’histoire du Salut attestent et corroborent et la doctrine et le sens indiqué par les paroles tandis que les paroles proclament les œuvres et éclairent le mystère qu’elles contiennent. Puisque Dieu a fait comme ça, nous devons faire de même. Il faut des paroles parce qu’il n’y a pas d’évangélisation vraie si l’enseignement, la vie, le règne et le mystère de Jésus de Nazareth, Fils de Dieu, ne sont pas annoncés. Mais si nous voulons être des images du Dieu invisible en ce monde, nous devons, nous aussi vivre à la suite de Jésus, dans la radicalité joyeuse de l’Evangile qui transforme nos existences.
Au chapitre 21 de l’Evangile selon saint Jean nous lisons, en finale : « Il y a encore beaucoup d’autres choses que Jésus a faites ; et s’il fallait écrire chacune d’elles, je pense que le monde entier ne suffirait pas pour contenir les livres que l’on écrirait. » (verset 25) L’Evangile et les Actes des Apôtres sont plein de rencontres. Nous y voyons tant et tant de personnes transformées parla rencontre du Christ. En méditant sur leur conversion, nous sommes transformés comme par ricochet. C’est la même chose quand on lit une vie de saint. « Les saints, ce ne sont pas ceux qui ont bien commencé, ce sont ceux qui ont bien terminé » disait le saint curé d’Ars. Mais est-ce aussi visible, lisible dans ma vie de témoin ? Normalement, la transformation parle, même si je me tais (comme le visage rayonnant de Moïse descendu du Sinaï). Notre corps, notre visage disent quelque chose de spirituel et ils parlent parfois plus fort que notre voix. Il arrive de dire que notre corps nous trahit mais il serait plus juste de dire qu’il nous révèle. Il nous manifeste à nous-même le temps qui passe, les excès ou notre sobriété. Notre corps est un témoin aussi.
Se mettre à l’école de Jésus nous oblige à poser un regard respectueux sur les personnes auxquelles nous témoignons. Je sais que le chemin de l’autre ne m’appartient pas, même si j’ai un rôle à y jouer. Je dois renoncer à maîtriser l’agenda de sa conversion. A mesure que nous apprenons à ne dire que la vérité toute nue, notre foi dans la puissance de Dieu et dans sa providence resplendit. Plus nous dépendons de lui et plus nous lui permettons de faire irruption dans l’ordinaire de nos vies pour y accomplir des miracles.
Le témoignage suppose un don de soi. Le témoin accepte de faire un détour, de quitter l’itinéraire prévu, de prendre sur son temps pour s’inquiéter d’un autre et lui donner Dieu. En commençant à m’occuper d’un autre, je m’engage à le servir. Il y a quelques années, j’avais donné une formation sur la charité, source et sommet de la mission. Quelques heures plus tard, je me retrouve attablé à une terrasse avec des confrères, en train de boire une bière. Passe une dame qui avait suivi la formation et elle nous rejoint tout heureuse de prolonger la discussion du matin. J’avoue avoir eu une envie furieuse pour lui signifier que j’avais fermé le guichet. Mais, vous l’avez compris, la discussion s’est prolongée un certain temps. Je ne dis pas que nous devons être disponible à tous, 24 heures sur 24 mais je dois reconnaître que le témoignage nous engage dans une suite plus étroite de Jésus. Ce n’est facile pour personne et lui aussi prenait du temps, beaucoup de temps pour se mettre à l’écart et pour prier. Le témoignage est toujours onéreux parce que la rencontre véritable nous impose de mourir quelque peu à nous-même pour élever l’autre. Parce que l’amour suppose toujours un sacrifice. Le témoignage conduit, petit à petit, au don de soi. N’avez-vous pas l’impression, à certaines heures, que Jésus est un ami dangereux (pour notre tranquillité) et tout au moins exigeant (parce qu’il nous aime).
Merci de m’avoir accompagné un moment sur ce chemin du témoignage. J’espère qu’un jour, nous nous retrouverons là-haut avec ceux dont nous avons accueilli le témoignage ; avec ceux, aussi, auprès desquels nous aurons témoigné et ceux qui auront reçu le témoignage de ceux auprès desquels nous aurons témoigné. Il n’y a pas de saint sans passé. Il n’y a pas de pécheur sans avenir. Témoigner c’est vraiment vivre l’espérance et croire que la Parole, celle de Dieu portée par la nôtre, peut sauver le monde. Témoigner nous fait en tous cas grandir dans la foi. Je ne doute pas que ceux qui sont loin de Dieu aujourd’hui, sont déjà en train de préparer leur propre témoignage pour demain. Que le Seigneur vous donne d’entendre le cri du monde et qu’il vous donne également de vous lever avec courage et avec joie vers les autres et vers Lui.
Rappelez-vous toujours ce verset du psaume : Il s’en va, il s’en va en pleurant, il jette la semence ; il s’en vient, il s’en vient dans la joie, il rapporte les gerbes. (Psaume 125, 6)
