LA SPIRITUALITE DE L’AVENT A PARTIR DES ORAISONS DE LA MESSE

PREMIER DIMANCHE

Donne à tes fidèles, Dieu tout-puissant, la volonté d’aller par les chemins de la justice à la rencontre de celui qui vient, le Christ, afin qu’ils soient admis à sa droite et méritent d’entrer en possession du royaume des Cieux. Par Jésus…

Sans ambiguïté, la prière transporte nos regards vers le second avènement du Christ. Le chrétien ne doit jamais oublier qu’il est en marche vers Celui qui vient, le Christ, et qu’il lui appartient de se préparer à la rencontre afin de bénéficier des largesses du Royaume. La réalité est simple : le Christ vient et il s’agit d’aller au-devant de lui[1]. Au  sens spirituel, marcher ou courir – « occurrentes », c’est pratiquer les commandements.  Dans la deuxième lecture de l’année A, saint Paul exhorte, en contraste, à rejeter les œuvres des ténèbres[2].

Aller par les chemins de justice : il faudrait donc même courir sur ces chemins. On trouve l’origine de cette intuition chez Chromace d’Aquilée : Nous devons, dit-il, courir fidèlement dans la foi au Christ, dans les commandements de Dieu, dans les œuvres de justice, pour pouvoir parvenir à la couronne de la vie éternelle[3]. Il ajoute qu’il y a des courses qui sont vaines si la foi n’y est pas. Il est vain de jeûner et de pratiquer l’aumône sans la foi. C’est Dieu finalement qui donne la « bonne justice » pour qu’elle devienne un instrument pour l’homme avec lequel il puisse faire l’œuvre juste et bonne qui est de donner à manger aux pauvres[4]. Bernard de Clairvaux, lui, envisage ainsi cette course vers le Seigneur : il ne t’est pas nécessaire de traverser les mers, de pénétrer les nuages ou de franchir les montagnes ; ce n’est pas un chemin très long qui t’est proposé : il te suffit de rentrer en toi-même pour courir au-devant de ton Dieu[5].  

Il y a d’autres exemples dans la liturgie où il s’agit de courir à la rencontre du Seigneur. Notamment l’antienne de la 3e formule (entrée simple du dimanche des Rameaux). Il y a aussi l’introduction après la bénédiction des cierges de la fête du 2 février qui va dans ce sens. La notion d’illuminer notre regard n’est pas sans lien avec la victoire progressive de la lumière sur les ténèbres apportée par l’événement de l’incarnation. La préface et la prière de communion de cette même fête de la Présentation de Jésus au Temple appuient encore cette intuition d’aller à la rencontre du Seigneur. Quand le diacre ou le prêtre invite l’assemblée à partir en procession avec le cierge allumé : « Avançons maintenant dans la paix à la rencontre du Seigneur », cela nous rappelle le caractère eschatologique de toute procession.

Pour maintenir cette course dans la durée et jusqu’au bout, le chrétien a besoin d’être secondé dans ses efforts par un dynamisme intérieur qui le soutiendra pas à pas. Et ce dynamisme est reçu d’en haut. L’Eglise le sait et le proclame avec ferveur. Donne à tes fidèles cette voluntas, c’est-à-dire cette détermination, cette volonté d’y arriver. 

Fermeté dans l’effort donc, mais sans aucune raideur car dans la vie spirituelle, il ne s’agit pas de serrer les poings : il s’agit de vouloir avec Dieu. Il n’y a pas d’autre prière à Dieu que l’exécution de sa volonté[6]. Comme la volonté de Marie, notre volonté doit s’ajuster au seul référentiel qu’est le vouloir de Dieu. L’Eglise le demandera le 20 décembre[7].       

Acquiescer au vouloir divin, se tenir devant lui avec sa bonne volonté, « être prêts à faire tout ce qui est bien[8]», telles paraissent être les attitudes et les conditions les meilleures pour persévérer jusqu’au bout. C’est bien Dieu qui est l’inspirateur de notre bonne volonté selon Léon le Grand[9] ou Pierre Damien[10].

Alors seulement, nous serons en mesure, au dernier jour, de prendre place, avec le Fils, à la droite du PèreEius dexterae sociati est une expression très rare qui me semble ne se trouver qu’ici dans la liturgie nous concernant. Selon Mt 20,23, ce privilège n’est accordé que par le Père : Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde[11]. Traduction dans la liturgie de ce jour : afin qu’ils soient admis à sa droite et méritent d’entrer en possession du royaume des Cieux.

L’accent du premier dimanche de l’Avent est bien la venue à l’improviste du Seigneur et la nécessité de notre vigilance. Même si la vigilance n’apparaît pas explicitement dans le texte de la prière d’ouverture, cette dernière y exhorte, par le thème paulinien de la course, cette tension vers le but de l’action.


[1] Mt 25, 6 : la parabole des vierges – l’huile qui manque ce sont les œuvres d’après saint Augustin et saint Jérôme.

[2] Rm 13, 12

[3] Sermon 28,35, Sources Chrétiennes 164, Cerf, 1971, p. 119.

[4] Raymond Lulle, De operibus misericordiae sermones (op 207).

[5] Sermon 1 pour l’Avent ; lectionnaire monastique I – Avent-temps de Noël, Solesmes, Cerf, 1993, p. 135.

[6] Paul Claudel, Bréviaire poétique, NRF, Gallimard, 1999, p. 11.

[7] Nous te demandons qu’à son exemple, nous puissions nous attacher humblement à ta volonté.

[8] Tite 3, 1.

[9] Traité 79, Deuxième sermon sur le jeûne et la Pentecôte, 45, Corpus Christianorum Series Latina 138A [A. Chavasse, 1973], p. 500.

[10] Epistulae CLXXX, Briefe IV, [K. Reinfeld, 1983-1993].

[11] Mt 25, 34.