La prière des frères

Je voudrais partager avec vous autour de la prière de demande et en particulier de la prière des frères. Je voudrais commencer par vous partager un petit passage chez saint Luc, ce fameux passage où il est dit: demandez et vous obtiendrez ; frappez, on vous ouvrira. Et puis après avoir commenté ce texte, j’évoquerai avec vous la prière des frères. Je suis donc au chapitre 11 de saint Luc.

Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! 

Est-ce que j’ose vraiment demander au Seigneur? La prière de demande se trouve parfois bloquée tout simplement parce qu’on n’ose pas demander. Est-ce que j’ose demander au Seigneur, pour moi ou pour les autres? Je pense au fils ainé de la parabole du fils prodigue qui rapproche violemment à son père: tu ne m’as jamais donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. J’entends (ce n’est pas dans la parabole mais quand même on imagine) le père lui dirait: mais comment pouvais-je deviner que tu avais besoin d’un chevreau pour festoyer avec tes amis. Tout ce qui est à moi est à toi. Est-ce que j’ose demander au Père? Est-ce que je considère Dieu vraiment comme un papa? Est-ce que j’ose demander à Dieu ce dont j’ai besoin? Ai-je la simplicité de lui ouvrir mon coeur pour demander?

Ca vaut la peine de partager ce que les uns et les autres ont à répondre à ces interpellations. Quelle est la confiance que j’ai dans le Seigneur au point de demander comme un enfant demande à son papa?

La prière des frères… Kesako?

Il peut arriver qu’une personne exprime l’intention de demander de l’aide pour une intention qu’elle veut déposer devant le Seigneur. Par exemple: je prie parce que je suis devant une décision difficile à prendre ces jours-ci. Je ne sais quelle direction prendre. J’ai une souffrance particulière dans mon travail ou dans telle ou telle situation familiale et je demande la grâce de l’Esprit-Saint pour y voir plus clair ou pour avoir la force de dire telle ou telle chose que je porte et qui m’empêche d’avancer tant que cela n’est pas exprimé. Parfois, il vaut mieux rester très discret: je vous demande juste de prier pour moi d’une manière particulière dans un moment où j’ai besoin d’aide. On peut ne pas être trop précis.

Le mieux dans ce type de prière c’est de prendre un moment de silence et de s’ouvrir dans la prière par un chant à l’Esprit-Saint. On peut appeler l’Esprit pour qu’il comble les coeurs et nous donne de prier dans le Seigneur. Que notre prière devienne vraiment une prière en Dieu. Qu’elle soit inspirée par le Seigneur lui-même. Au fond, notre prière est meilleure si c’est Dieu qui prie en nous. Si c’est l’Esprit Saint qui m’inspire ce que je dois demander. Au fond, comme dit saint Paul, je ne sais pas demander comme il faut, je ne sais pas prier comme il faut. L’Esprit Saint peut venir dans tous nos coeurs qui ne font qu’un dans la fraternité paroissiale pour nous adresser ensemble au Père comme des enfants s’adressent à leur papa. 

Sur la manière de faire, il n’y a rien d’obligatoire. Il faut rester prudent sur les gestes que l’on n’imposera jamais. Selon le tempérament des uns et des autres, la forme peut différer. On peut s’ouvrir à tel ou tel charisme, pourquoi pas. Il y en a qui vont aimer ouvrir la Bible un peu « au hasard ». C’est une ‘technique’ avec laquelle il faut être prudent pour ne pas se figurer des choses mais l’Esprit-Saint peut m’inspirer telle ou telle attitude ou telle ou telle mouvement intérieur. Ce qui est essentiel, au fond, c’est la confiance qu’on va mettre dans cette prière. Qu’on puisse s’ouvrir à cette prière comme avec un coeur d’enfant. 

Et puis, on peut terminer par un chant à la Vierge Marie car c’est elle, qui est pleine de grâce, qui nous apprend à prier. S’il y a une citation de la Bible qui a été suggérée, pourquoi ne pas en laisser une trace pour que la personne qui a demandé la prière puisse y revenir par après. 

Cette prière des frères a une place spécifique, particulière. Ce n’est pas une prière personnelle. Ce n’est pas non plus une prière commune comme pour une prière universelle avec un partage d’intentions que l’on porte. Ce n’est pas non plus quelqu’un qui dit à son frère : j’ai besoin d’aide pour une réunion importante cet après-midi. La prière des frères ne fait qu’un seul coeur. La prière du frère devient ma prière. Sa demande devient ma demande. On s’approprie cette prière pour la déposer devant le Seigneur un peu comme une prière de pétition. Là où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis là au milieu d’eux (Mt 18). Il y a une sorte de certitude forte que le Père répond à la prière de demande portée par deux ou trois. Il ne faut pas hésiter à demander cette prière. Cela ne doit pas être systématique non plus mais si l’occasion se présente, pourquoi pas?

Portez les fardeaux les uns des autres dit saint Paul dans l’épitre aux Galates et accomplissez ainsi la loi du Christ. Cela répond vraiment à quelque chose que le Seigneur lui-même m’a proposé. Il faut faire connaître au Seigneur nos demandes. Il ne faut pas se dire, non, de toute manière il sait ce que je veux. Le Seigneur attend qu’on lui demande car il veut répondre mais il veut d’abord que nos coeurs puissent s’ouvrir. Il ne veut pas s’imposer. Si nos coeurs ne sont pas ouverts, il peut répondre mais nous ne recevrons rien. La prière ouvre notre coeur pour accueillir le don du Seigneur, le don de Dieu.

Dans cette prière, je veux également signaler quelques dangers à éviter. Dans la prière de demande, il faut faire attention. Il faut demander au Père ce que le Père lui-même veut nous donner. Demandez et vous obtiendrez ; frappez, on vous ouvrira ; cherchez vous trouverez mais je ne dois pas demander au Seigneur quelque chose de trop précis. Il faut admettre que notre Père des cieux nous réponde d’une manière différente que celle espérée. Le Père éduque ses enfants. Il est donc normal que le Père ne réponde pas toujours exactement dans le sens de la demande que j’ai faite. Il faut que la prière soit purifiée, il faut que la prière soit plus parfaite. Il faut, au fond,  que je demande au Père ce que Lui veut me donner: que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Ta volonté, non la mienne. Peu à peu, cette prière de demande va m’apprendre à m’ajuster à ce que le Père veut me donner. Le danger est de réclamer quelque chose et puis de taper du pied en râlant parce que le Père n’a pas répondu à ma demande. Il faut que j’ajuste ma demande à sa volonté. 

Le deuxième danger que je vois et sur quoi il faut être attentif est de ne pas faire peser sur la personne qui demande la prière des frères une quelconque emprise (surtout lorsque la personne qui demande est à genou et que les autres sont debout). Il y a un danger d’exercer une sorte de pouvoir ou de domination sur cette personne. Il faut que la prière devienne notre prière à nous tous. Surtout s’il y a tel ou tel charisme exercé ou telle ou telle parole donnée de la part de l’Esprit-Saint. Que ce soit ne soit jamais comme une espèce de pouvoir qui pèse sur la personne qui demande. On est ensemble et on est tous ensemble devant Dieu à demander au Seigneur de répondre à notre supplication. 

La dernière chose que je voudrais dire c’est à propos des charismes. Quand j’ouvre la Bible et que je tombe sur une parole qui me tombe sous les yeux, il faut être suffisamment prudent pour ne pas dire trop vite: l’Esprit-Saint a dit que. Voilà une parole. Je la dépose. Personne ne commente et on laissera le Seigneur faire son oeuvre. 

Je pense que cette prière des frères est très puissante sur le coeur de Dieu car c’est vraiment la prière des enfants qui se rassemblent pour prier leur papa chéri (Abba Père). Elle sera puissante à la mesure de notre pauvreté. Elle sera puissante à la mesure de l’ouverture du coeur, à la mesure de notre abandon intérieur. Evidemment, le modèle de toute prière c’est la Vierge Marie. Je l’ai dit tout à l’heure et je le redis. Personne n’a un coeur plus pauvre, plus libre que celui de la Vierge Marie. C’est pourquoi sa prière est toujours exaucée. On pourrait dire aussi que la prière parfaite et la plus pure est celle du Fils à son Père (Je sais que tu m’exauces toujours dit Jésus à son Père). Je sais que tu m’exauces toujours car je suis totalement et absolument livré à ta Volonté. Et il est mort d’amour en offrant sa vie. C’est la prière parfaite, totalement exaucée. Je vous souhaite de découvrir ou d’expérimenter cette prière des frères. Ayez cette audace dans la prière, cette confiance dans la prière. Cela manifeste vraiment cette grande communion fraternelle si chère au coeur de Dieu.