Méditation de l’évangile du 30e dimanche dans l’année C
Qu’elle est belle cette prière murmurée du publicain. Elle a le mérite de me déculpabiliser par rapport à la pauvreté de ma prière. Car je n’ai jamais trouvé que j’étais digne de prier et de demander quelque chose à Dieu. C’est peut-être une question d’éducation mais je préfère donner que recevoir.
Bien sûr, je rappelle volontiers aux autres qu’il faut prier sans cesse. J’insiste sur le fait qu’il suffit de laisser l’Esprit prier en nous. J’aime redire qu’il faut confier nos journées, nos rencontres, nos inquiétudes et nos espérances tout simplement. Ça le sais. Et vous aussi. Mais nous avons aussi à nous mettre à l’école de ce publicain. Ce collecteur d’impôts.
Notre publicain murmure sa prière. Et cette prière, qui est une prière de pauvre, monte au Seigneur en traversant les nuées, en perçant la brume de l’habitude, de la crainte, de la culpabilité et du péché. C’est une prière irrégulière, une prière sauvage et c’est je crois une prière que Dieu aime.
L’Évangile est rempli de ces suppliants irréguliers. Les petits enfants, les fils ingrats, les pécheresses, les étrangers, les soldats, les publicains, tous ceux qui s’accrochent à Jésus comme le naufragé à une planche. Et toujours, Jésus les accueille. Même quand les disciples leur font barrage.
Avec l’expérience, j’ai appris qu’en vérité, toute prière est une prière de pauvre comme celle du publicain. Et que l’Église est l’assemblée immense de tous ces priants secrets. Que dans la rue, dans le métro, au travail, depuis un lit d’hôpital, en prison… partout des prières jaillissent. Des prières malhabiles, des louanges insuffisantes, des demandes que nous ne méritons pas de formuler, ces prières-là, ces pauvres prières intimes, ces prières de pauvres, sont celles que Dieu préfère.
Être chrétien, frères et sœurs, ce n’est pas d’abord faire ceci ou cela. D’abord, un certain nombre d’entre nous ne peuvent plus faire grand-chose, croient-ils. Trop âgé, trop fatigué ou empêtré dans la vie et ses contradictions. Être chrétien, ce n’est pas d’abord dire ceci ou cela. D’abord, un certain nombre d’entre nous ne peuvent rien dire. Leur parole est trop embarrassée, on est devenu tellement pudiques. Être chrétien, c’est ne même pas arriver à lever les yeux au ciel et cependant, laisser jaillir de son cœur la crainte de ne jamais arriver à être saint et l’espoir de le devenir quand même. C’est toucher une statue, faute de mieux, allumer une bougie, pousser un soupir, murmurer un « Je vous salue Marie » ; c’est déverser le fardeau en vrac parce qu’il est devenu trop lourd, c’est tout confier sans ordre, sans méthode, sans précaution.
C’est dire à Dieu : « Je suis là. Prends-moi dans ta miséricorde. J’ai vingt ans, quarante ans, septante, plus. Je ne sais pas très bien où j’en suis, ou bien je le sais trop. Mais prends-moi dans ta miséricorde. Je ne suis pas digne de toi, Seigneur, mais sans toi, je ne peux pas avancer. »
Car cette prière-là, cette prière nue, cette prière fondamentale, la plus pauvre qui soit, déchire les nuées et saisit le cœur de Dieu. N’ayez pas peur de votre prière. Laissez-la jaillir librement. Un père n’attend qu’une chose de ses enfants, si loin qu’ils soient de lui : qu’ils l’appellent. Alors, de son cœur touché comme par une lance, jaillit sa force et son amour, et sa joie.
« Ô Mon Dieu, me voici à Vos pieds, prosterné dans l’adoration et dans la prière. Me voici tout confondu, tout anéanti de la faveur que Vous me faites, et à la pensée que Vous êtes dans mon cœur. Tout devrait Vous en éloigner : la faiblesse de ma nature, la gravité de mes fautes, la multitude de mes passions, et cependant Vous y descendez, Vous Vous y faites une demeure et Vous consentez à y être adoré. Je redouble donc mes hommages et mes adorations. Plus je sens mon néant, plus aussi je loue Votre grandeur, je gémis de mes misères et j’exalte Votre gloire. Faites seulement, ô mon Dieu, que le culte que je Vous rends ne soit pas simplement extérieur, et que ma prière ne soit pas seulement prononcée par mes lèvres. Faites au contraire que je Vous adore en esprit et en réalité, que je sois tout entier à cette pensée, qu’elle me possède et me domine, qu’elle se reflète dans toute ma conduite et dans chacun de mes actes. Hélas, je n’ai été peut-être jusqu’ici que comme ces juifs charnels à qui Vous reprochiez de ne Vous adorer que des lèvres ; je ne Vous ai peut-être point encore donné véritablement mon cœur. Mais aujourd’hui, embrasé de Votre divine Présence, je Vous le donne sans retour, afin qu’il ne batte plus que pour Vous, qu’il n’agisse plus que pour Vous, et que chacun de ses mouvements soit pour Votre plus grande Gloire. Seigneur Jésus, Vous nous donnez dans votre Evangile la règle de la véritable Humilité ; je viens la méditer avec Vous. Vous ne nous défendez pas de reconnaitre les Dons que Vous nous avez accordés ; au contraire, Vous aimez à en être loué et béni, parce que c’est juste et raisonnable de la part d’une créature qui a tout reçu de Vous. Mais Vous ne voulez pas que nous n’attribuions qu’à nous seuls les Faveurs dont Vous nous comblez, que nous en tirions vanité, comme si Elles nous appartenaient en propre, et que, par notre ingratitude, nous Les tournions contre Vous. Je reconnais donc et je proclame hautement que Vous m’avez fait d’inestimables Faveurs ; mais lorsque je pense au parti que j’en ai tiré, je m’humilie jusqu’au fond de mon être et je tremble. Oui, je ne suis pas comme le commun des hommes qui ne Prient ni ne Communient ; mais quel est le fruit que je recueille de mes Prières, de mes Confessions, de mes Communions ? En suis-je plus fervent, suis-je plus zélé ? En suis-je plus humble, en suis-je plus mortifié ? Oh ! Mon Dieu, lorsque je vois d’un côté vos Bienfaits, et que je regarde de l’autre toutes mes ingratitudes et mes faiblesses, je suis saisi de crainte. Loin de m’en enorgueillir, je m’en sens pris de confusion. Je suis tiède, je suis languissant après avoir reçu des Grâces qui auraient fait tant d’autres des Saints. Je ne marche pas dans la voie du Salut et de la Croix, après tant de Prodiges faits pour moi. Il est donc juste, Seigneur, que je frappe humblement ma poitrine comme le Publicain, que je Vous demande Grâce et Miséricorde. Par-là seulement je serai Justifié. Seigneur, votre Évangile n’est plein que de la pensée de l’humilité. A chaque Parole, Vous revenez sur ce point, et Vous qui êtes si indulgent pour les pécheurs, Vous n’avez que des Paroles de sévérité et d’indignation pour les superbes. Donnez-moi, Seigneur Jésus, la Force pour combattre ce vice redoutable, cet ennemi d’autant plus subtil qu’il se glisse non pas seulement dans nos mauvaises actions, mais dans celles qui paraissent les plus Saintes. Ouvrez-moi les yeux et éclairez-les par Votre sainte Lumière pour que je ne me laisse jamais égarer par cette lueur trompeuse de l’orgueil. Hélas ! On le porte partout avec soi, on le porte dans la Prière, dans la Confession, jusqu’à la Table Sainte, et pour peu qu’on ne l’aperçoive pas à temps, on le laisse s’emparer de tout le fruit de ses bonnes œuvres ; et après avoir jeûné, après avoir fait l’aumône, après avoir fait pénitence, après avoir accompli la Loi, on n’en tire pas plus de fruit que le Pharisien de son orgueilleuse prière. Mon Dieu, rendez-moi humble dans ma piété et dans les actes de ma dévotion, afin que je ne trouve pas la mort là où je cherche la Vie, afin que je ne corrompe pas par ma vanité cette Source puissante de Salut. Pénétrez-moi de l’idée de ma faiblesse, afin que je m’appuie sur Vous et non pas sur mes œuvres personnelles. Tant de colonnes de l’Église ont été ébranlées pour avoir rejeté la pierre angulaire de l’humilité. Moi qui ne suis que petitesse et misère, faites-moi comprendre que je ne me sauverai que par la défiance de moi et par la confiance en Vous. Je ferai dans la journée une Prière spéciale pour remercier Dieu des Grâces qu’Il nous y a faites, et particulièrement de la Communion de ce Jour ».(La Prière sur l’Humilité dans la Parabole du Publicain en Prière d’Adolphe Baudon de Mony « Ô mon)
Combien de fois, vous les parents, n’avez-vous pas attendu fébrilement un coup de téléphone de vos enfants. Avec Dieu, c’est pareil. Il attend qu’on l’appelle. Il ne se formalise pas des formules appropriées. Il attend. Il écoute. Il répond. Qui donc sommes-nous pour avoir la joie d’avoir un Dieu tel que celui révélé en Jésus-Christ.