https://www.aelf.org/2024-06-02/romain/messe

Les mots sont inadéquats pour rendre compte de ce que nous vivons chaque dimanche à la messe, dans nos églises. Dans les textes de ce dimanche, les mots se bousculent, ainsi que les images et les récits pour nous aider à y réfléchir, de même qu’au cours des siècles, on a additionné les mots pour désigner la messe : le Repas du Seigneur, la Cène, le Saint-Sacrifice, l’Eucharistie, la Communion. Chacun de ces mots révèlent un aspect du Mystère. Impossible, ce matin d’en faire le tour. Il faut choisir. J’ai choisi, de tenter de répondre à deux questions :
La première : vous vous la posez.
La « présence réelle du Christ », comment le croire, comment le dire ?

La deuxième : vous l’entendez souvent. La messe, à quoi ça sert ?.. Aller à la messe, à quoi ça vous avance ?

« Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? ». Qui a prononcé cette phrase ? Ce sont les premiers auditeurs de Jésus quand il a tenté de leur parler du Pain Vivant. C’est St Jean qui nous le rapporte dans son évangile.
Qui, parmi nous, n’a pas un jour ou l’autre prononcé cette phrase ? Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? C’est vrai que ce langage sanglant nous choque : « manger la chair, boire le sang » La question est de taille. Il s’agit de la présence réelle du Christ à la messe.
La parole de l’Église est claire, pas question de la minimiser. La foi de l’Église est formelle. Les chrétiens sont convaincus que c’est le Christ qu’ils reçoivent quand ils communient à la messe. Si cette affirmation continue de nous étonner, tant mieux, parce que l’Eucharistie est une réalité étonnante, merveilleusement étonnante.

Étonnant mais pas incompréhensible, mystérieux mais pas absurde. Il ne nous est pas demandé de croire des absurdités. « Manger la chair, boire le sang », certaines phrases prises au pied de la lettre auraient des relents de ” cannibalisme” ! C’est absurde de croire cela, comme sont naïves ces réflexions d’enfant :
« Dis papa, comment Jésus peut-il se cacher tout entier dans une petite hostie ? » « Quand on croque l’hostie, est-ce que ça lui fait mal ? »

Beaucoup, ont été terrorisés à la pensée de mordre dans l’hostie quand ils étaient plus petits, il y a longtemps.
Heureusement que notre foi en l’Eucharistie est autre chose et que nous n’avons pas à croire ces invraisemblances.
Mais, comment se fait-il que ces mots-là sont dans l’Évangile ? Les exégètes nous éclairent : Le corps, c’est la personne tout entière, le sang, c’est le symbole de la vie. Lorsque Jésus dit : « C’est mon corps, c’est mon sang », c’est comme s’il disait : « C’est ma vie, c’est moi tout entier ».
Quand on communie, on communie à sa personne vivante. Nos dents ne croquent pas sa chair, mais nos cœurs accueillent sa vie, Sa présence n’est pas comme une présence matérielle, chimique. C’est la présence vivante du Christ ressuscité, la présence vivante d’un amour qui se propose à une rencontre. Il se fait notre nourriture. Oui, les chrétiens choisissent de s’alimenter à ce Pain -là. Mais, pourquoi ?

C’est la deuxième question. Celle que votre fille vous a posée. Elle a cessé de vous accompagner à la messe, le jour de ses 15 ans. Elle vous a dit : « La messe, à quoi çà sert ? Aller à la messe, à quoi çà vous avance ? »
Bonne question ! Que faisons-nous à la messe ? Comment vivons-nous la messe ? La messe parvient-elle à nous aider à vivre mieux ? Avons-nous une présence réelle ? Pas question pour moi de donner une leçon à quiconque. Nous nous interrogeons tous, moi le premier. Avouons que nous demeurons parfois comme à la porte de ce Mystère. Pour éviter la routine, il faudrait célébrer la messe comme si c’était la première et la dernière. Je me pose parfois la question de savoir si des incroyants pénétraient à l’improviste dans l’une ou l’autre de nos assemblées dominicales, devineraient-ils que le Christ est réellement au milieu de nous. Il faut à tout prix éviter le ronron dominical entre nous avec un langage convenu, où la vie est absente, notre vie et la vie du monde.
Une présence réelle, donc une présence active. La messe n’est pas une dévotion. C’est une action. L’Action eucharistique doit nous rendre actifs, acteurs dans le monde. C’est une banalité de rappeler cela. La phrase de Jésus : « Faites ceci en mémoire de moi » ne signifie pas seulement : « Faites ce repas en mémoire de moi » mais, « dans ce repas, j’offre ma vie par amour, faites-en autant ».
Nous l’avons bien compris : c’est après la messe que l’on sait si la messe a été vraiment vivante. Ce n’est pas parce que l’on tape dans les mains du début à la fin qu’une messe est vivante. Elle est vivante quand les chrétiens témoignent de ce qu’ils ont vécu à l’extérieur de l’église.

Cette fête nous aide-t-elle à devenir plus croyants encore à l’Eucharistie ? Je le souhaite. Encore faut-il être croyable et crédible ! Et qu’autour de nous, cette semaine, on ne se demande plus ce que nous sommes venus faire ce dimanche à la messe, tellement notre comportement, nos choix et nos décisions sont l’échos du : faites ceci en mémoire de moi. AMEN