Six moi après avoir été nommé au service diocésain du catéchuménat, je me permets ces quelques réflexions pour dresser un état des lieux de la situation que j’ai découverte dans le diocèse de Tournai.
Bien sûr, on constate une large augmentation du nombre des demandes. Elles ne compensent pas la diminution des baptêmes de bébés mais quand même. Les demandes affluent et nous nous en réjouissons. Vraiment ? Un inattendu nous arrive : rendons grâce. Mais la surcharge que représentent l’accueil et l’organisation de l’accompagnement des demandes est réelle avec les conséquences que l’on connaît. En même temps, Dieu nous parle à travers ces nouveaux visages. Est-ce un pétard mouillé ou un feu d’artifice ? Est-ce un coup de vent ou cela va-t-il durer ? Sans doute cela va-t-il se prolonger: il nous faut donner les moyens pour l’accompagnement pendant mais aussi après la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne.
Je constate qu’un certain nombre de profils de catéchumènes bousculent les chrétiens. Une sensibilité spirituelle ou doctrinale qui nous interroge. Enjeu stimulant : nous devons remettre en question nos conceptions trop souvent arrêtées.
Difficile de renoncer à certaines pratiques qui avaient été lancées du temps où les demandes étaient encore gérables. De l’éternelle question du renoncement.
Notre langage est je crois incompréhensible pour pas mal de personnes : catéchumènes certes mais aussi accompagnateurs et même animateurs en pastorale.
Quatre raisons majeures de demandes :
- Une vie blessée – Jésus sauve et libère
- Recherche d’un cadre, d’une appartenance à une nouvelle famille
- Recherche de sens
- Les amitiés / l’école (encore très présente pour les ados)
Toutes les raisons pour demander le baptême ne sont pas édifiantes, tant s’en faut. Mais toutes sont sincères.
Je suis frappé par l’impression positive qu’ont eue les catéchumènes quant à l’accueil bienveillant et généreux qu’ils ont reçu au sein des communautés chrétiennes. En écoutant les communautés, on ne peut pas se voiler la face : beaucoup regrettent qu’il y ait peu de continuité au-delà de la réception des sacrements de l’initiation chrétienne.
Une certitude réconfortante : Dieu continue d’appeler et se sert de tout pour arriver à ses fins. Souvent à travers une épreuve (deuil, maladie) mais aussi à travers d’un événement heureux (maternité, guérison). On se rend compte de l’importance du témoignage des membres de la famille vivants ou défunts. Il y a des lignes conductrices mais aussi une grande diversité. Chaque histoire est unique mais on peut regrouper les histoires saintes en fonction de certains leitmotivs. Chez les jeunes, j’ai constaté une demande d’éléments à croire et d’autres à vivre (un carême concrètement mais aussi des situations jugées incohérentes avec la radicalité de l’Evangile). En même temps, il y a une absence de point de repère. Ce qui nous semble fondamental n’est pas du tout intégré. Certains recherchent une qualité d’intériorité. Ne faudrait-il pas soigner cet apprentissage à l’intériorité ?
« On ne naît pas chrétien, on le devient ». De l’importance du temps et de l’espace pour se laisser façonner par Dieu. Il faut être clair et vrai dès le départ. Comment mieux marquer les temps du catéchuménat avec des échéances non pas subies mais anticipées et validées ensemble ? Il est important de faire accepter de se mettre en attente d’un salut qui nous dépasse et qui est jalonné par des étapes.
Certes, il faut accompagner les catéchumènes mais il faut également prendre du temps avec les communautés qui cheminent avec eux. Au-delà de l’accompagnateur, il faut une ouverture nécessaire à toute la communauté.
De l’importance de la relecture et de la mystagogie. On fait trop de catéchèse et pas assez de catéchuménat. Retrouver le langage de l’engendrement. Comment éduquer à la liberté des enfants de Dieu ? Quelle réponse donner aux questions concrètes : comment prier ? que dit le catéchisme sur telle question ? On recherche souvent une réponse blanche ou noire mais où sont les nuances ? Comment éviter les pièges du relativisme (on ira tous au paradis) et du rigorisme prôné par certains influenceurs.
Comment ne pas apparaître comme ceux qui veulent uniquement encadrer et faire rentrer dans des listings. Mais ces listings sont importants pour vivre cela au niveau du diocèse. Qu’attend-on du service ? De l’évêque ? Quelle place / liberté / autonomie laisser aux responsables d’unité pastorale ? Quelle latitude laisser aux réalités locales ? Question d’équilibriste. Comment mettre sur pied une fiche sur un dossier informatique qui ne soit validée qu’une fois complétée ?
Intuition : petites communautés simples, fraternelles et contagieuses. Le catéchuménat est parfois considéré comme la « maternité de l’Eglise ». Mais les paroisses sont parfois trop impersonnelles. D’où la nécessité de mettre sur pied des petites communautés qui cheminent vraiment avec les catéchumènes dans les différents aspects : prière / formation / évangélisation /service / fraternité. Cela n’enlève rien de la pertinence de former des accompagnateurs pour qu’ils soient toujours plus dans une attitude de tête à tête, de cœur à cœur pour relire l’histoire sainte du catéchumène. La petite fraternité et le dialogue en tête à tête sont complémentaires. On sait combien je prône les cellules d’évangélisation paroissiale dans nos unités pastorales.
Au-delà du baptême, comment intégrer les néophytes dans des services d’Eglise locale sans donner l’impression de vouloir les utiliser ou leur mettre la main de dessus. On a tout à gagner cependant à déceler les talents des néophytes, les dons reçus pour une intégration adéquate. Right man – right place. Le néophytat comme consolidation de l’unification du nouveau chrétien. Si la colonne vertébrale n’est pas suffisamment dense, on s’affaisse. Ce temps est celui où on doit ouvrir des portes et non pas remplir des cases vides. Les néophytes sont le témoignage du souffle de l’Esprit. Dommage de ne pas en profiter.
Importance pour la communauté paroissiale d’être formée à nouveau au niveau des fondamentaux.
L’Esprit Saint ne cesse de nous bousculer. On l’a vu cette année. Nous assistons à un basculement voulu par Dieu. Donc réjouis-nous mais demeurons humbles.
Rites et formation : l’enjeu est de ne pas sacrifier l’essentiel, à savoir les fondements de la foi, à l’accessoire, à savoir les signes par lesquels on les transmet. Au niveau des jeunes, il faut répondre au besoin de repère qu’ils expriment parce que c’est souvent le moyen par lequel ils vont trouver à conduire leur vie au mieux. Il ne faut certainement pas mépriser ces demandes qui parfois nous déstabilisent quelque peu. C’est souvent par ce biais là que l’on peut les aider à exercer leur liberté de manière responsable. De l’importance du dimanche pour les paroissiens mais aussi pour les catéchumènes et d’en faire un lieu d’expression de la communauté paroissiale. Il y a des demandes concrètes dans ce sens. Nécessité de prendre le temps de la prière et du témoignage. Même les paroissiens les plus habitués ont besoin de témoins.
Quant à l’accueil des nouveaux profils : chacun de nous est différent mais nous sommes appelés à cheminer ensemble. Difficulté de maintenir l’équilibre entre la singularité de chacun et la diversité. Mais cela prend du temps et de l’énergie pour les accompagnateurs notamment. Dieu nous bouscule à travers les catéchumènes. Une Eglise qui bouge peut parfois déranger les habitudes. Ce n’est pas mauvais.
Une des difficultés c’est l’écoute. D’abord être à l’écoute de ce que l’Esprit nous dit parce que la difficulté la plus grande c’est l’écoute de soi. Mais quand on écoute l’autre, on s’écoute soi-même, on écoute le « nous » et on écoute en même temps Dieu. Les accompagnateurs disent souvent combien les catéchumènes les aident à grandir eux-mêmes dans la foi. Rendons grâce et prions pour les nombreux catéchumènes qui seront baptisés dans quelques jours…
