LA SPIRITUALITE DE L’AVENT A PARTIR DES ORAISONS DE LA MESSE

TROISIEME DIMANCHE

Tu le vois Seigneur Dieu, ton peuple attend avec foi la fête de la naissance de ton Fils ; nous t’en prions, accorde-nous de parvenir au bonheur d’un tel salut, et de le célébrer solennellement avec une joie toujours nouvelle. Par Jésus-Christ …

La liturgie a voulu conserver sa note joyeuse en ce 3e dimanche d’Avent. Cela se remarque dans le choix des lectures mais aussi dans ce qui a inspiré cette prière d’ouverture, le Rotulus de Ravenne.

Cette teinte de joie prend la forme d’une invitation impérative à se réjouir : « Réjouissez-vous dans le Seigneur », Gaudete[1] ! Le motif de cette joie c’est que le Seigneur est proche. Les vêtements liturgiques expriment aussi cette intuition avec sobriété : le rose peut se substituer au violet.

Aujourd’hui, la crainte n’est pas de mise. L’heure n’est clairement pas à la morosité. Soyez sans inquiétude[2]. Il s’agit de se tenir debout[3] tout éveillé dans la foi au mystère de l’incarnation dans la perspective de sa proche célébration.


Au dimanche de Gaudete, l’Eglise avive son désir de participer aux célébrations de la Nativité. Cette méditation anticipée est nécessaire pour que les fidèles ne soient pas pris au dépourvu quand il s’agira d’entrer à plein dans le mystère de Noël.

Ce qui frappe ici c’est que non seulement le Seigneur est proche en cette mi-Avent mais aussi, Dieu le Père trouve plaisir à regarder son peuple désirer avec foi la venue de son Fils. Encore une fois, l’attente soutenue et appliquée se révèle féconde : il n’est demandé à l’homme que cette petite contribution et cela attendrit Dieu qui ne peut décevoir les désirs du fidèle qui lui-même inspire.

L’ACCES AUX JOIES QUE PROCURE LE MYSTERE DU SALUT

Dans cette oraison, deux mots proches de sens expriment la joie, « gaudia » et « laetitia », issus du Livre du prophète Zacharie et qui caractérisent la joie messianique de Jérusalem devant son Roi et Sauveur qui vient vers elle.  

« Mes frères bien-aimés, le royaume de Dieu approche désormais. Avec la fin du monde s’annoncent déjà la récompense de la vie, la joie du salut éternel, l’allégresse perpétuelle et la jouissance du paradis que nous avons jadis perdue[4]. » Le salut est éternel. Les Pères le répètent à l’envi. Il en est beaucoup question chez Grégoire le Grand[5] et Bède le Vénérable. Beaucoup invitent à élargir les perspectives à la globalité de l’incarnation rédemptrice. D’elle-même l’incarnation ne sauve pas et si elle sauve c’est que celui qui naît c’est le Sauveur, c’est le salut lui-même.

Il faut donner ici un double caractère à ces « joies du salut ». Il y a une joie procurée par la naissance même de Jésus, revécue chaque année dans la liturgie, mais cette joie d’être sauvé n’est qu’un avant-goût de la joie parfaite qui sera celle des sauvés établis dans l’éternité et à laquelle nous ne parviendrons qu’après un labeur de toute une vie. D’où la nécessité pour l’Eglise et ses membres de demander à Dieu la force de parvenir aux vraies joies promises, versées déjà en arrhes chaque année au temps de Noël et surtout à Pâques, source et fontaine de joie pour tout croyant.

LA SECONDE REQUÊTE NOUS PLACE AU NIVEAU DES CELEBRATIONS DES JOIES

Il faut être animé d’une vive allégresse pour vibrer à l’unisson de la prière liturgique solennelle qui revient chaque année. C’est un droit que nous a valu la résurrection. Par cette participation aux fêtes liturgiques, année après année, on s’achemine vers les joies éternelles du salut, comme l’indique la collecte du mercredi de l’octave de Pâques : « Seigneur Dieu, tu nous donnes chaque année la joie de fêter la Résurrection du Seigneur ; à travers ces fêtes d’ici-bas, accorde-nous, dans ta bonté, de parvenir aux joies éternelles. », où, rapporte Isidore de Séville, « le travail ne sera plus, mais le seul repos de la joie[6] ».


[1] Ph 4, 4-5 : Soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Le dimanche de Gaudete correspond au dimanche Laetare bien célébré chez nous le 4edimanche de carême.

[2] Ph 4, 4-6

[3] Ba 5,5 en lien avec l’antienne de communion du 2e dimanche : Lève-toi, Jérusalem ; tiens-toi sur la hauteur, et contemple la joie qui te vient de ton Dieu.

[4] Cyprien, De mortalitate 2, 29, CCSL 3A, p. 17.

[5] Tous les hommes veulent être sauvés parce que Dieu a choisi parmi tout le genre humain ceux qu’il attire vers la joie du salut éternel. (In librum primum Regum expositionum libri ui, 5, 171, CCSL 144, p. 524.

[6] De ecclesiasticis officiis 1, 34, CCSL 113, p. 40.