LA SPIRITUALITE DE L’AVENT A PARTIR DES ORAISONS DE LA MESSE

DEUXIEME DIMANCHE

Dieu de puissance et de miséricorde, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver la marche de ceux qui se hâtent à la rencontre de ton Fils ; mais forme-nous à la sagesse d’en haut qui nous fait entrer en communion avec lui. Lui qui vit et règne…

On retrouve ici le thème de la course à la rencontre du Christ, déjà exposé au premier dimanche de l’Avent. C’est dire combien l’Eglise a à cœur d’insister sur les aspects fondamentaux de la vie chrétienne. 

L’Eglise se presse vers son époux mais sa course est souvent empêchée et entravée par notre souci exagéré des biens matériels, contingents et immédiats[1]. Léon le Grand recommandait à ses fidèles :

« Progressez constamment dans la voie de la vérité et de la vie ; que les soucis terrestres ne vous arrêtent pas, puisque les biens célestes vous sont préparés par notre Seigneur Jésus-Christ »[2]. Dans son commentaire sur les psaumes, saint Augustin rapporte que si Dieu ceint de force son fidèle c’est pour le prémunir contre la convoitise qui empêche d’agir et de marcher[3].   

La prière évoque plus précisément le souci de nos tâches présentes[4]. Pour Pierre Damien ces tâches terrestres rendent durs et insensibles et ne nous mettent pas en état de percevoir les joies spirituelles[5].

Ils sont nombreux les chrétiens, pourtant bien intentionnés, qui sont pris dans le tourbillon de la vie et qui sont submergés par les activités professionnelles sacrifiant ainsi leur vie spirituelle. Il leur manque souvent le recul et la maîtrise nécessaires à un vrai progrès dans la vie spirituelle. Il est bon de se rappeler cette exhortation proférée par l’auteur de la Lettre aux Hébreux : « Débarrassons-nous de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien – et courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi[6]. » En fait, on ne le sait que trop, même si ces actes terrestres ne sont pas toujours mauvais en soi, il est si facile de trop s’y investir au point de s’engourdir et d’étouffer la perception des choses divines que donne la sagesse.

Saint Augustin est limpide à ce niveau-là : « Que l’âme raisonnable châtie son corps et le réduise en servitude afin qu’il ne soit pas détourné de l’acquisition de la sagesse par un appétit immodéré des choses de la terre »[7].

Et Ambroise de Milan de surenchérir : cet appétit désordonné peut contracter de « graves maladies de l’âme … pendant que ses yeux s’aveuglent et perdent de vue la lumière de la vraie gloire et les richesses de l’héritage éternel. Si au contraire, elle dirige toujours les yeux vers Dieu, elle recevra du Christ la lueur fulgurante de la sagesse de sorte qu’elle puisse avoir le regard illuminé par la connaissance de Dieu, qu’elle puisse voir ce qui est l’espérance même de notre vocation : contempler ce qui est bon, agréé et parfait[8]. »

Cette connaissance de la sagesse fait partie des qualités dont doit faire preuve le pasteur selon Grégoire le Grand : « Deux choses doivent s’allier en la personne du pasteur : une vie sainte et une instruction pleine de sagesse, car il a pour mission d’ôter les péchés de ses sujets et de chasser les ténèbres de l’erreur par la lumière de la prédication.[9] »

D’ailleurs, le 17 décembre, la liturgie de l’Avent nous fait proclamer cette sagesse dans l’antienne : « O Sapientia » afin qu’elle nous enseigne la voie de la prudence qui nous aidera à penser juste ; à penser bien et à agir posément. A poser des actes droits et conformes à la volonté du Fils, Sagesse incarnée. Alors seulement, nous serons semblables à lui et nous pourrons partager le même sort avec lui.

Saint Ambroise aime comparer l’Eglise à la femme qui a enfoui du levain dans trois mesures de farine (Lc 13, 21). Nous sommes la farine dans laquelle l’Eglise cache le Seigneur Jésus au plus intime de notre esprit jusqu’à ce que la sagesse céleste atteigne les profondeurs de notre âme[10].


[1] Ce que les Pères appellent le terrestre, les « terrena » ou « terrestria ».

[2] Traité 31, 71, CCSL 138, p. 164 ; Sermons tome 1, SC22, Cerf, 1947, p. 195.

[3] Ennar. In Psalmos, Ps 17, 33, CCSL 38, p. 99.

[4] Terreni actus : expression employée par Grégoire le Grand, surtout lorsqu’il regrette avec nostalgie le temps où il menait la vie monastique dans le petit monastère du Coelius où il retournait parfois pour converser avec ses frères.

[5] Vol 2, Ep. 90, MGH, p. 578.

[6] Hébreux 12, 1-2.

[7] Contra Faustum, liv 21, 5, CSEL 25.

[8] Epistulae, Livre IC, Ep. 11, CSEL 82,1 [O. Faller, 1968], p. 86 ; Lectionnaire monastique ‘per annum’ IV, Solesmes, Cerf, 1995, p. 433-434.

[9] Commentaire sur le premier Livre des Rois, SC 432, Cerf, 1998, pp. 131.133 

[10] Traité sur l’Evangile selon saint Luc, SC 52, Cerf, 1958, p. 79.